Le danger de banaliser l’inacceptable

posté le 22/08/2018

Le danger de banaliser l’inacceptable

Cet été, plusieurs évènements qui auraient dû susciter l’indignation sont passés quasi inaperçus dans le ralentissement des vacances. Leur répétition autant que la complaisance des médias à l’égard de tous les discours qui déconstruisent les valeurs qui fondent notre société amène insensiblement à banaliser des faits inacceptables, au point de ne quasiment plus susciter de réaction. Fatigue ? Démobilisation ? Renoncement ? Les trois seraient un grand danger pour nos libertés.

 

L’évènement le moins médiatisé en dehors de la sphère féministe a été l’éviction de Fatiha Boudjahlat et Christine Le Doaré, toutes deux actives partisanes de l’universalisme, de l’égalité hommes femmes et de la laïcité, d’un colloque organisé par le Congrès International des Recherches Féministes de la Francophonie : car il est acquis aujourd’hui que la majorité des mouvements dits féministes ont renoncé à défendre l’égalité entre les hommes et les femmes dans le cas très précis des femmes nées dans une culture où règne le patriarcat. Le plus souvent des femmes « racisées » comme ils disent dans leurs discours jargonnants et dogmatiques. Celles-ci sont définitivement « assignées à culture », avec interdiction d’en sortir sous peine d’être accusées de céder aux sirènes postcoloniales. Cette thèse, dont le racisme évident ne saute pas aux yeux de tout le monde porte aussi la négation pure et simple de la liberté individuelle au profit des intérêts d’un groupe ethnique ou religieux. 

 

Le second évènement est une tribune en faveur des «droits des musulmanes », parue dans la Libre Belgique début août et signée par des personnalités et des mouvements identitaires bien connus (Rokhaya Diallo, le CCIF etc…). Elle réaffirmait que le seul droit qui vaille la peine d’être défendu pour les musulmanes est celui de porter le voile. Rien sur les inégalités qui les atteignent ni sur les multiples contraintes qu’un islam rigoriste leur impose. Encore un exemple de la rhétorique islamiste qui vise principalement à obliger toutes les femmes nées de parents musulmans (qu’elles le soient encore de fait ou non n’est absolument pas pris en compte) à porter le voile pour mieux se démarquer du reste de la société. Si la liberté d’expression doit être respectée, il incombe aux journalistes ayant un minimum de déontologie de relever les incohérences des discours qu’ils publient.  

 

Enfin, le dernier évènement a été la campagne publicitaire de Gap kids pour les pays anglo-saxons, affichant des enfants de provenances ethniques diverses dont une petite fille voilée. Des créatifs décervelés ont trouvé légitime d’associer une petite fille arabe au port du voile. Ils ne se sont nullement interrogés sur les droits de l’enfant ni sur la maltraitance que l’obligation de se voiler ne comporte pour eux ni encore sur les mouvements extrémistes dont ils adoptaient les codes. Autrement dit, cette publicité acte que l’idéologie de l’islam rigoriste est la seule expression possible de l’islam. Nicolas Cadène, rapporteur de l’observatoire de la laïcité, à qui on ne demandait rien, s’est d’ailleurs empressé d’exprimer que légalement il n’y avait rien à redire. Ce qui est vrai, mais était-il nécessaire à ce moment d’occulter ce que le voilement des petites filles comporte de violence à leur égard ? Avec si peu de discernement, la propagande islamiste peut continuer à se répandre dans la plus grande indifférence avec les conséquences désastreuses que l’on connaît sur la paix sociale et le vivre ensemble. 

 

Peut-être faudra-t-il attendre pour voir des réactions officielles indignées, que l’enseigne Gap franchisse des étapes supplémentaires dans l’inconséquence en mettant sur le marché des robes de mariées en 12 ans, 14 ans et 16 ans, et pourquoi pas des robes de grossesse dans les mêmes tailles puisque manifestement, il y a une clientèle potentielle…

 

Simone Veil l’avait déjà souligné à propos de la montée des mesures antisémites en France sous le gouvernement de Vichy : le pire n’arrive pas immédiatement,   mais après une succession d’abandons de libertés, qui cumulées, finissent pas créer une situation évidemment inacceptable.

Martine Cerf



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