Rentrée 2015 : enfin un programme laïque pour l’enseignement moral et civique.

posté le 01/09/2015

Rentrée 2015 : enfin un programme laïque pour l’enseignement moral et civique. 

 

Même si le mot laïque n’apparait pas dans le titre – petite concession politique faite sans doute aux détracteurs tous azimuts de la laïcité – l’esprit du programme d’enseignement moral et civique est bien laïque, humaniste, digne héritier des Lumières. D’ailleurs, le Monde ne s’y est pas trompé en titrant la Une de son édition du 01 septembre : « une rentrée sous le signe de la laïcité et de la morale », et parlant d’ une laïcité à « marche forcée », qualifiant, à l’instar du SNESUP ce nouveau programme de « bricolage aberrant » dont la publication serait trop précipitée.

 

Pour ÉGALE, ce programme tant attendu est un levier pour mettre enfin le concept de laïcité comme principe émancipateur au centre de l’enseignement républicain. 

 

Pourquoi ?

 

Parce que le texte propose un cadre laïque pour une orientation sans ambiguité de l’enseignement moral et civique. 

Dans les principes généraux introducteurs, il est stipulé que cet enseignement est réalisé « dans le cadre laïque qui est celui de la République », imposant à chaque enseignant une « évidente obligation de neutralité » et ce afin de faire partager « les valeurs de la République […] acceptées par tous », car elles relèvent de l’universel. 

Ces formulations devraient rassurer tous ceux que l’emploi du terme « moral » irritent ou inquiétent. L’approche laïque de la morale est une approche a-dogmatique, qui n’a pas d’autre objet que celui d’engager au respect de soi et de l’humanité, au respect des lois démocratiques, au respect de l’intérêt général, parce qu’elle permet le développement de la raison et l’apprentissage de l’engagement

Tout ce que les citoyens descendus dans la Rue le 11 janvier ont réclamé avec ferveur. Tout ce qui a trop longtemps été oublié dans la formation des élèves. 

 

De fait, on le voit déjà, ce programme exaspère profondément tous les détracteurs de la laïcité parce qu’il nuit au développement de leurs idéologies dogmatiques. Il agace notamment les relativistes et communautaristes, ceux-là mêmes qui cherchent par tous les moyens à enfermer les enfants dans leur culture d’origine, à les penser uniquement en fonction de leur ethnie ou de la classe sociale dont ils sont issus, plutôt que de vouloir les conduire à comprendre la complexité du monde et les fondamentaux universels de la condition humaine. 

C’est aussi un programme qui va à l’encontre des thèses de l’extrême-droite, formation politique qui brouille sans cesse le concept de laïcité, en affirmant que ce principe fondateur de l’état républicain n’existe que pour se mettre au service des racines chrétiennes de la France (renvoi à l’article de Michel Ferreboeuf). 

 

Comment ?

 

Parce que c’est un programme réellement innovant, un vrai changement d’orientation pour les missions de l’école

 

La visée du texte est claire. Il s’agit « de favoriser le développement d'une aptitude à vivre ensemble dans une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Cet objectif suppose « une école à la fois exigeante et bienveillante qui favorise l'estime de soi et la confiance en soi des élèves, conditions indispensables à la formation globale de leur personnalité. » Et c’est bien de cela que notre école a profondément besoin pour réengager l’élève dans l’apprentissage et réengager l’école au cœur du principe républicain

Le programme de 2011, en vigueur jusqu’à cette rentrée présentait un caractère nettement injonctif, visant à délivrer des connaissances et des interdits plutôt que de chercher éduquer l’enfant par la réflexion.

Pour cela, le programme mettait au centre une notion réccurrente, présentée de façon relativement mannichéenne : le bien et le mal. Cette question, qui n’est jamais totalement définie, constituait donc une doxa de l’instruction morale. Le but du travail visait essentiellement à comprendre cette doxa pour édifier les valeurs morales. Les maximes, principes et règles étaient les seuls outils proposés pour y parvenir. 

 

Avec ce nouveau programme, le développement de la conscience, de la confiance, de l’estime de soi, de l’esprit de coopération sont privilégiés. C’est donc un enseignement qui dépasse le cadre strict de l’instruction, pour engager une véritable philosophie de l’éducation, philosophie émancipatrice et laïque, dans laquelle le développement intellectuel et sensible de l’enfant est le point central. 

En ce sens, c’est bien l’Esprit des Lumières qui inspire le texte parce qu’il remet au centre de l’école le développement de la pensée et de la raison. 

Dès lors, chaque enseignant prend la responsabilité de sa transmission, il n’est plus dédié au seul professeur chargé de l’Education Civique. Dans le sixième principe, le rédacteur affirme clairement ce choix : « l’horaire dédié ne saurait se réduire à un contenu enseigné « à côté » des autres », et ajoute qu’il sera nécessaire de solliciter « les dimensions émancipatrices et les dimensions sociales des apprentissages scolaires. »

Dès lors, les concepteurs du projet délimitent quatre principes dont deux sont très novateurs « le développement de la sensibilité et de l’engagement : points centraux pour guider l’enfant vers une auto-régulation indispensable. Ces deux « principes » encadrent ceux « de la règle et du droit » et  « du jugement » déjà évoquées sous d’autres termes dans les textes précédents. La déclinaison des programmes qui suit ces principes généraux tente de montrer comment articuler ces notions aux autres enseignements, et surtout rappelle sans cesse que c’est par le débat et la mise en œuvre pratique des notions que la transmission peut se constuire. Il ne s’agit pas de discourir sur la morale mais de faire vivre les principes listés dans le programme au sein de chaque classe. 

Défi passionnant que chaque enseignant va devoir relever. 

 

Pour une bonne mise en œuvre, nous attendons maintenant la publication d’un « document d’accompagnement », des exemples de réalisation, des éléments de formation à destination des corps d’inspection autant que des enseignants. Les participants à l’université d’été qui s’est tenue à l’ESPE de Lyon les 8 et 9 juillet 2015 se sont déjà attelés à cette tâche lourde mais exaltante. Dans certaines Académies, la réserve citoyenne s’organise. (renvoi à l’article de Martine)

Gageons que ce projet va fédérer les laïques et républicains convaincus pour relever ensemble le défi de l’école du XXIe siècle. 

 

par Agnès Perrin, Membre d'ÉGALE

 

 



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