L’islam enseigné à l’école l’Alsace relance le débat

posté le 03/07/2015

L’islam enseigné à l’école

l’Alsace relance le débat

 

Républicain Lorrain 03-07-2015

 

L’islam sera-t-il enseigné dans les écoles d’Alsace-Moselle ? Une commission préfectorale alsacienne y planche. Une expérimentation dès la rentrée est même avancée. Les associations laïques sont vent debout.

 

Vieux serpent de mer, la question de l’enseignement de l’islam dans les écoles d’Alsace-Moselle revient sur le tapis. Ce coup-ci, c’est la préfecture de la région Alsace qui relance le débat. Sans vraiment l’assumer. Selon nos confrères de Rue 89, en mai, le préfet Stéphane Bouillon a mis en place une commission spéciale sur la question avec le CRCM (Conseil régional du culte musulman), des personnalités du monde musulman local, des représentants des collectivités locales, de l’Éducation nationale et de l’université. Le fonctionnaire en charge des cultes est même allé jusqu’à évoquer une première expérimentation au primaire ou au collège dès la rentrée prochaine. Depuis, l’État se refuse à tout commentaire, préférant parler « d’une instance de dialogue » servant de « cadre de réflexion et de discussion sur des thématiques diverses ». Circulez, y’ a plus rien à voir.

 

Les cultes reconnus tous d’accord

Il est vrai que le sujet est sensible. Que ce soit d’un point de vue politique, juridique ou sociétal. « Rien ne sera mis en place pour la rentrée. Il reste trop de questions en suspens, comme la formation des enseignants, le contenu des cours ou le financement », croit savoir Eric Sander, secrétaire général de l’Institut du droit local. Jamais le contexte n’aura pourtant été aussi favorable à ce bouleversement. Après les attentats de janvier, beaucoup voient en cette possibilité un rempart à la radicalisation. A plusieurs reprises, les quatre cultes reconnus (catholique, israélite et les deux protestants) ont d’ailleurs fait part de leur assentiment. « Sur le principe, nous n’y voyons aucun inconvénient. A condition que le contenu de cet enseignement reste évidemment dans le cadre fixé par l’Éducation nationale », confirme l’abbé Jean-Christophe Meyer, vicaire général à l’évêché de Metz. Une ouverture d’esprit qui fait sourire les associations laïques. « Nous ne sommes pas dupes. Cette manœuvre n’a pour but que de conforter les privilèges des autres religions », explique Michel Seelig, président du Cercle Jean Macé de Metz.

 

Un débat juridique

L’enseignement religieux dans les écoles publiques en Alsace-Moselle est effectivement en danger. Dans son avis du 12 mai dernier, l’Observatoire de la laïcité préconise de n’en faire plus qu’une option. Suscitant le tollé commun des cultes reconnus. Rappelons que les trois départements concernés étaient allemands au moment de l’adoption en France des lois Ferry sur l’enseignement laïc de 1881 et 1882. Dans ce territoire, c’est donc toujours la loi Falloux de 1850 qui s’applique. D’où l’inclusion, au primaire, de l’enseignement religieux dans les 24 heures hebdomadaires de cours. Même si les parents sont de plus en plus nombreux – 63,8 % sur la communauté urbaine de Strasbourg et ses 29 communes – à utiliser leur droit de dispense.

« Nous n’avons rien contre cette religion. Mais le Conseil constitutionnel a été très clair dans son arrêt du 5 août 2011. Il ne peut y avoir d’aggravation de l’écart entre les dispositions particulières du droit local et celles applicables au reste du territoire. C’est le texte de référence. Tout détournement abusif qui en sera fait fera l’objet d’un recours en justice », prévient Michel Seelig. Eric Sander, lui, ne voit pas où est le problème : « La loi Falloux prévoit juste l’instruction religieuse à l’école. Sans préciser quelles religions. Une simple volonté politique suffirait donc. Rien n’empêche de créer encore du droit territorial. » Prudente, la préfecture de Moselle, de son côté, indique que le sujet « n’est pas à l’ordre du jour » sur son département.

 

Philippe MARQUE.

 

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