Le républicanisme dans les accompagnements scolaires.

posté le 16/06/2015

Le républicanisme dans les accompagnements scolaires

La question des signes ostensiblement... républicains

 

Quelques mots sur le port de signes religieux dits ostentatoires dans l'accompagnement des élèves, qui commence à faire débat et va bientôt tourner à la corrida.

 

Appréhender le problème sous cet angle est un piège qui nous est tendu. Nous devons le repérer pour le déjouer, car il y a une volonté militante  d'opérer un retournement du statut de la victime. La souffrance de la frustration n'est pas un argument qui légitime une revendication. La République a des fondements qui peuvent frustrer en toute légitimité c'est-à-dire que c'est agi au nom de principes supérieurs et universels.

 

S'il est une question que nous devons nous poser en tant que citoyen, libres égaux et fraternels, c'est : Quelle est la loi qui fait référence dans tel lieu ? 

Dans le cas qui nous occupe, les sorties scolaires, la question est : quelle est la loi qui fait référence quand nous accompagnons les enfants de telle école ? Qui a la précellence ? La loi de la République ou la loi de ma communauté, religieuse ou autre ?

C'est un préalable à toute discussion, et de mon point de vue une question que nous devrons poser explicitement à tous les acteurs, non seulement les mères, mais aussi les enseignants et les responsables, car leur responsabilité est engagée très concrètement.

 

1er argument : puisque c'est un lieu « politique », au sens ou une neutralité est requise, nous sommes tenus de mettre de côté nos credo pour nous en tenir aux lois et à la trilogie de la République. Et... nous devons le prouver et le garantir en retirant le signe ostentatoire, par exemple, qui laisserait penser le contraire ! 

Le retrait d'un signe religieux n'est pas une violence injuste, ce n'est pas une couleur de peau, mais le témoignage d'un déplacement du statut de membre d'une communauté intime au statut de membre de la communauté nationale. Le refus de retirer son signe... signe que l'on refuse l'appartenance à la communauté nationale. C'est donc un refus d'intégrer les lois de la République ; voilà ce que signifie ce voile de Troie, et les autres signes.

 

2e argument : mais retirer un signe n'est pas suffisant en soi, tant s'en faut, je dois être sûr en tant que République que cette femme-là, voilée, acceptera de rester seule avec un homme, qu'elle acceptera de le toucher pour lui porter les premiers secours, qu'elle donnera le saucisson au petit gaulois à midi, qu'elle se déshabillera pour se jeter à l'eau pour aider l'enfant tombé, qu'elle rentrera dans la cathédrale à visiter ou au musée quand il y a des statues d'hommes nus...  

Je dois être sûr en tant que République que cette autre femme n'est pas raciste et qu'elle s'occupera également de tous les enfants même s'ils sortent un casse-croûte hallal... ou casher.

Ne pas vérifier cela c'est abandonner le droit à la sécurité et à l'égalité de l'instruction pour tous les enfants. C'est les abandonner à leur communauté ; faire un amalgame donc. 

Comment allons-nous vérifier alors  qu'ils accordent réellement la précellence aux lois de la République ?

 

3e argument : mais encore, il y a des personnes qui pourraient appartenir à des sectes, ou autres démarches irrationnelles, sans porter de signes distinctifs . Des personnes qui ne voudraient pas appliquer les lois de la République. Nous pouvons avoir également des enseignants qui enfreindraient ces lois, malgré leur engagement, sans que cela se voie sur le plan vestimentaire. 

Comment allons-nous vérifier ?

 

4e argument : la République laïque a le devoir d'instruire tous les enfants pour qu'ils soient des citoyens libres et égaux, et donc le devoir de vérifier qu'ils ne sont pas entravés pendant la sortie scolaire par des parents certes, mais aussi et en premier lieu par des enseignants qui ne respecteraient pas leurs droits et les lois fondamentales de la République. 

Comment allons-nous vérifier... ?

 

Conséquence : si une personne témoigne à travers un signe... ou par son comportement ou des paroles ou des engagements, que ce qui prime pour elle est la loi de sa communauté autoproclamée, alors elle ne doit pas accompagner, ni même enseigner. Ce n'est plus une question de choc potentiel pour les enfants face à une religion, puisque ce pourrait être leurs parents ; si vous m'avez suivi jusqu'ici, c'est une question prioritairement de sécurité et secondairement d'égalité.

 

Finalement le cas est assez simple, sur le plan théorique, si l'on se dégage des réflexes de taureau que certains cherchent à générer en agitant le foulard devant nous pour cliver les pour et les contre. 

La question reste difficile à traiter cependant sur le plan technique : qui va vérifier que c'est la loi de République qui a la précellence ? Comment allons-nous procéder ? Quels moyens allons-nous nous donner ? Est-ce possible seulement ?

Quant à la difficulté de traiter cette question politiquement ?!

 

Une proposition pour conclure, j'aimerais beaucoup que l'on change le libellé du débat, vous l'avez compris. Surtout ne plus l'appeler le port du voile par les mères accompagnatrices ! J'ai proposé le républicanisme dans les accompagnements scolaires, c'est laid ; on pourrait parler aussi de la manifestation de la précellence des lois de la République, c'est snob ; ou encore du port de signes ostensiblement républicains, c'est impossible. Qui pourra nous proposer le bon libellé ?

 

Je pointe par avance une interrogation que l'on pourrait m'envoyer comme une tarte à la crème, à bon droit, je crois : si l'on doit se mettre un insigne bleu-blanc-rouge lors des sorties scolaires, une cocarde ? Ça prouverait quoi ? Oui le risque est grand que l'on réponde à du fétichisme par du fétichisme ; or la posture philosophique que l'on est censé prendre et apprendre à l'école est justement de déposer nos fétiches. « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre ».

 

Jacques Variengien

psychologue – psychothérapeute

Vienne 38

 



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