Vincent Lambert, martyr républicain.

posté le 13/06/2015

Vincent Lambert martyr républicain

 

Les valeurs républicaines sont en grand danger : la raison, le progrès  scientifique, l’humanisme, la règle de droit, les droits de l’homme sont frontalement attaqués ou sournoisement rongés. Parmi les comploteurs, citons en vrac les djihadistes, les religieux extrémistes de tout poil, les créationnistes et les dictateurs de toutes espèces, militaires ou pas; parmi les petits rongeurs, on dénombrera tous ceux qui se parent des plumes du paon comme, en France, ceux qui dénaturent la laïcité en prétendant la qualifier ! 

Dans ce contexte le pessimisme pourrait être de mise. Il y a cependant de petites lumières qui clignotent dans la pénombre. À cet égard, l’affaire Vincent Lambert donne toute la mesure de la situation.

 L’AFFAIRE VINCENT LAMBERT : LES FAITS ET LE DROIT 

Vincent Lambert 38 ans, tétraplégique en état végétatif, accidenté de la route en 2008, est  depuis longtemps  «pauci-relationnel», autrement dit dans un «état de conscience minimale». Il dort, s'éveille, mange, sourit ou pleure; mais il est dans l'incapacité de communiquer ou de répondre à son environnement de manière «objective».

Après deux ans de procédures judiciaires le concernant, la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) a  validé  le 4 juin 2015  l'arrêt du Conseil d’Étatautorisant à son égard l'arrêt des soins prodigués. Les juges européens estiment la décision  du Conseil d’ État français conforme aux droits del'Homme. 

Juridiquement, «Il n'y aurait pas de violation de l'article 2 de la convention européenne des droits de l'Homme, sur le droit à la vie), en cas de mise en œuvre de la décision du Conseil d'État», a indiqué le président de la CEDH Dean Spielmann. 

L’Europe au sens large apporte une petite pierre à l’édification d’une société humaniste et juridiquement rationnelle.   

DROITS DE L’HOMME ET SOCIÉTÉ SOUS TENSION

Suite immédiate à cette décision, la manipulation médiatique hideuse du visage de Vincent Lambert orchestrée  par une partie de ses proches donne la nausée: qu'un clan familial imbibé d'un catholicisme extrémiste irrespectueux de la volonté d'un Homme et des droits de l'Homme défie la science médicale et les lois de la République est scandaleusement inadmissible. Dans cette affaire, les voleurs d’âme font rivaliser obscénité et obscurantisme.

Malgré ce lobbying d’un quarteron de catholiques réactionnaires autour  de la mère  de Vincent dont le seul crédo est - la vie des Hommes appartient à leur Dieu et non pas à l’individu citoyen- la justice européenne a tranché pour le respect de la décision prise par Vincent Lambert avant son accident. 

En conséquence,  pour Vincent Lambert  les procédures de fin de vie prévues par la loi du 22 avril 2005 et les décrets qui l’ont accompagnée seront appliquées: il devra être sédaté, dénutri et déshydraté, et il faudra attendre qu’il meure d’épuisement.  Cette issue légale marque, ô combien, les insuffisances tragiques de la législation actuelle. Échec sociétal dont il faut sortir au plus vite.

Pour sa part, l’association pour le droit de mourir dans la dignité –ADMD- rappelle que la loi Léonetti  est une procédure  inhumaine, déjà  appliquée par le passé durant 31 jours à Vincent Lambert  sans que la mort n’intervienne: cette agonie médicalisée provoquée est encore au centre de la proposition de loi Claeys/Leonetti que le Sénat  examinera le 16 juin.

 Il faut donc aller plus loin pour que liberté de conscience et liberté de mourir dans la dignité aillent de pair. L’ADMD dans ce combat soutient comme beaucoup de membres d’ÉGALE  la proposition de loi de  la députée de la Vienne, Véronique Massonneau, qui  aurait offert un cadre pertinent et règlementé pour accompagner les patients arrivés à la fin de leur vie. Ce cadre  aurait permis à ceux qui le souhaitent de bénéficier d’une aide active à mourir en instituant un droit nouveau et  aurait évité les dérives que connaît actuellement la France puisque des euthanasies illégales se pratiquent déjà, sans aucun contrôle.

On ne peut oublier dans ce débat qu’un  adulte n’appartient qu’à lui-même. 

Il est bon de rappeler aussi que le Dr Kariger, catholique pratiquant, qui  a assisté médicalement pendant des années Vincent Lambert soutient les décisions juridictionnelles nationales et européennes prises et affirme comprendre la souffrance familiale engendrée, y compris celle des parents du grabataire. Et de poursuivre: en revanche, «  je ne comprends plus cet acharnement qualifié (celui des parents), ce déni de justice qui est aussi un déni des réalités. Vincent est dans un état végétatif chronique qui a été qualifié par les meilleurs spécialistes des neurosciences.»Pour lui, cette décision va faire jurisprudence:« C’est probablement un petit pas pour Vincent Lambert et pour son épouse(…) mais c’est probablement au-delà de ça un grand pas pour notre humanité, pour une certaine idée de la médecine de l’homme, et pour cette médecine pour laquelle je suis engagé depuis 30 ans« . « Cette décision de la Cour européenne des Droits de l’Homme », poursuit-il, « vient montrer les limites de notre médecine, mettre face à face ce droit à la vie auquel nous sommes tous attachés, mais aussi ce droit déontologique, humaniste, de ne pas faire subir à nos patients ce qu’on appelle l’obstination déraisonnable (…) Aujourd’hui, on a un cadre législatif et judiciaire européen qui va venir renforcer les droits du patient, et protéger les médecins qui font correctement leur travail ».

Au-delà de cette opinion qui positive l’issue juridique de cette affaire, il reste que notre République doit aujourd'hui, plus qu'à d'autres moments protéger les démarches scientifiques et imposer fermement la loi et la jurisprudence  dangereusement mise en cause en l’occurrence par des milieux catholiques intégristes, qui risquent fort de s’opposer physiquement, comme ils savent  le faire, à cette décision de droit public.

 

HUMANISME ET LAÏCITÉ

Dans l’immédiat, l’une  des conclusions à tirer de ces faits lourds de sens est  explicitée par le Docteur Kariger : « Je suis, dit-il, contre la peine de mort, mais pas pour l’acharnement thérapeutique dont cette histoire relève de toute évidence. On ne saurait avoir raison seul(e) contre tous. Surtout quand c’est sur la seule base de convictions irrationnelles. Nous sommes dans un pays laïc, et la religion ne saurait donc avoir raison sur la justice, qui elle juge avec des faits, et non des croyances. C’est mon intime et profonde conviction. »

Par ailleurs si, comme je le pense, la République est un  espace de droits à affiner en permanence au gré de l’évolution sociétale, une ardente obligation de  nouvelles propositions législatives s’impose pour que le droit à mourir dans la dignité soit en harmonie avec l’humanisme et une conception exigeante de la laïcité. 

 

Bernard FERRAND

Vice-Président d’ ÉGALE

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