Laïcité, comme tu es incomprise, haïe, manipulée, vilipendée...

posté le 18/05/2015

Laïcité, comme tu es incomprise, haïe, manipulée, vilipendée...

 

Notre Laïcité dite « Laïcité à la française » veut être « la liberté des libertés » et être le ciment de notre vivre ensemble. Cependant, politiquement et socialement, que d’incompréhensions, de haines, de manipulations, de violences contre elle !

 

Nombreux sont 

 

  1. Ceux qui considèrent toute laïcité comme l’ennemie de leur pratique religieuse, qui sont parfois d’un rigorisme extrême, et mettent le plus souvent toutes les lois religieuses (qu’ils déclarent divines) au-dessus des lois humaines (et à plus forte raison humanistes). Et ce, parfois, au mépris de l’évolution des connaissances et de notre société. 

Ils se retrouvent dans les mouvements extrémistes de toutes religions. Politiquement, ils vont se rassembler d’une part derrière les bannières politiques et associatives de la droite de la Droite, d’autre part dans les mouvements et associations communautaristes de toutes espèces. 

 

  1. Ceux qui utilisent et manipulent le mot laïcité pour en faire une arme dirigée systématiquement contre les musulmans. Ceux-là distinguent les Français dits de « souche » et les Français issus d’autres origines. 

Ici, on retrouve les thèses portées par le Front National et une partie de la droite de la Droite. Ce sont de grands manipulateurs qui n’ont pas peur des paradoxes. D’une part, ils brandissent sans vergogne une prétendue « obligation de laïcité » pour exclure, par exemple en imposant un menu unique avec du porc dans les cantines scolaires. Ils s’opposent de façon systématique aux pratiques et rites musulmans visibles. Ils s’insurgent contre les prières de rue des musulmans, mais ont parfois soutenu des rassemblements contre le mariage pour tous, suivant des prêtres en soutane qui portaient un christ en croix. 

D’autre part, pour eux la laïcité doit être ouverte, positive, souple. Ils l’adjectivent pour lui faire perdre toute force face aux religions considérées comme « respectables ». Ils considèrent la chrétienté comme le socle des valeurs françaises. Ainsi, ils soutiennent, voire encouragent, par exemple, l’installation de crèches dans les mairies, comme on l’a vu à Béziers.  

 

  1. Ceux qui exècrent la laïcité. Pour eux, la laïcité est une des pires émanations de la bourgeoisie (qu’ils considèrent comme égoïste, apeurée, raciste, esclavagiste et colonialiste). Ils affirment que la révolution de 1789 constitue une « trahison » majeure : « prétendument faite au nom du peuple et aux valeurs soi-disant universalistes » 

Ici, sous cette bannière, se rassemblent, les partis d’extrême gauche, des intellectuels ex-maoïstes, des sociologues engagés, certaines organisations associatives procommunautaristes, etc. qui soutiennent toute contestation et action extrémiste antirépublicaine, considérée comme mouvement, a priori, légitime.

 

  1. Ceux qui (au niveau européen principalement) ne voient dans la laïcité dite « à la française », qu’un moyen rétrograde de rejeter et refuser à tout homme la capacité de porter et de vivre, en toute liberté, sa part de divin ou de révélé. C’est bien évidemment une affirmation erronée, car on peut être profondément laïque et avoir cette « foi en l’homme » qui transcende celle de toutes les religions parce qu’elle veut atteindre à l’universalité de tous les hommes. 

Un certain nombre de prétendus « spécialistes » français de la laïcité s’associe à cette mouvance. Jean Bauberot en est un bon exemple. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur la laïcité, membre du groupe Sociétés, religions, laïcités, il vient de publier La Laïcité falsifiée et les Les Sept Laïcités françaises. Il prône une laïcité ne s’attachant dans la loi de 1905 qu’à la neutralité de l’état et rejette le versant émancipateur de la laïcité. Il en arrive ainsi à affirmer « Qui écoutera le plus un gamin tenté par le djihad ? Un professeur de classe moyenne étranger à sa culture ou une femme qui porte le foulard? ». Malheureusement, les médias présentent souvent Jean Baubérot comme «LE» spécialiste de la laïcité en France. 

 

 

Dès lors…. 

 

Tiraillés entre ces quatre extrêmes : une laïcité perçue comme ennemie de toute loi religieuse, une laïcité utilisée comme arme d’exclusion des musulmans, une laïcité comme symbole de la trahison de la classe bourgeoise et de la démocratie, une laïcité liberticide, beaucoup de représentants politiques et républicains se sentent déstabilisés et démunis pour affirmer ce qu’est et doit être la laïcité :

 

  • Certains (en général à Gauche et chez certains républicains de Droite) ont peur d’utiliser le mot ou à en prendre la défense, car ils craignent d’être associés aux positions manipulatoires du FN ou de la droite de la Droite. Leur effort principal sera alors de minimiser au maximum les problèmes actuels (en affirmant par exemple, à l’instar de J.L Bianco que « la laïcité n’est pas en crise en France » et que les problèmes rencontrés ne sont que « des faits précis et isolés que les médias ont tendance à grossir »).

 

  • D’autres (souvent chez certains Verts et au PS) ne veulent voir ou ne voient dans la laïcité qu’une « tolérance tous azimuts ». Ils sont prêts à fournir des aides publiques à toutes organisations religieuses se déclarant « républicaines ». Ils accordent également, un soutien financier et structurel  pour faciliter l’établissement d’un « Islam à la française », à la formation « d’Imams républicains », à la construction de mosquées.

 

  • D’autres enfin (chez beaucoup de Verts et suivant leurs courants internes), ne se résignent pas à prendre parti et balancent entre 
    • une attitude de « tolérance avant tout » sans réfléchir aux enjeux de la tolérance et à sa nécessaire réciprocité 
    • la compréhension et le soutien des positions de l’extrême gauche. 

 

 

Comme on peut le constater, le paysage politique est contrasté et on peut fortement douter de son efficacité ! 

Une chose reste cependant : pouvoir faire que, dans le cadre des valeurs et lois de la République, les religions et en particulier l’Islam en France, acceptent les lois et règles communes et celles de la laïcité. Si la question est moins essentielle aujourd’hui pour les religions qui dominaient le paysage français en 1905, il est clair qu’elle est parfaitement actuelle pour la religion musulmane. Tous les représentants de cette religion doivent enjoindre leur fidèle à placer les règles citoyennes avant les préceptes religieux, comme l’a récemment affirmé l’Imam Boubaker dans une conférence publique donnée à Saint-Just (34) le 26 février 2015 : « C’est la laïcité qui nous permet de vivre ensemble, parce que c’est la loi, une loi de 1905 qui fait que nos différences de croyance, qu’on en ait ou pas, ça n’est pas ça qui va nous caractériser les uns par rapport aux autres. L’identité ce n’est pas la religion. L’identité réelle, c’est être un citoyen, un humain, régi par des lois, des devoirs, qui appartient à une société d’êtres humains qui se reconnaissent ».

En effet, il a fallu plus de deux siècles pour que, des Lumières à la IVe République, la France arrive à se définir et à se vivre comme un état démocratique, social et laïque, porteur de valeurs universelles.  

L’Islam vient d’une histoire et d’un horizon culturel relativement différent qui n’a pas pu/su/voulu « se trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle » comme l’écrit Abdennour Bidar dans sa remarquable «Lettre Ouverte Au Monde musulman». Une vie qui serait dirigée par « des principes universels : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l’égalité des sexes et l’émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critiques du religieux dans les universités, la littérature, les médias ». 

Car poursuit-il « il y a [au sein de l’islam] une multitude extraordinaire de femmes et d'hommes qui sont prêts à réformer l'islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l'humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! C'est à tous ceux-là, musulmans et non-musulmans, qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que [le philosophe] s’est adressé dans [ses] ouvrages ! Pour leur donner, avec [ses] mots de philosophe, confiance en ce qu'entrevoit leur espérance ! »

 

On le voit, la laïcité, notre laïcité, a une tâche essentielle : celle de faire comprendre, entre autres, aux Français musulmans (et non aux « musulmans de France », entité qui n’a en rien à exister en soi) : 

  • que la laïcité n’est en rien leur ennemie, qu’elle est même la garantie de leur liberté religieuse, puisqu’elle garantit la liberté de conscience ; ceci évidemment dans le respect des lois et valeurs de la République.
  • Mais aussi que la liberté de conscience impliquant nécessairement le respect de la conscience de l’autre, l’expression d’une croyance ne pourra pas s’exprimer dans tous les lieux, dans tous les métiers, dans toutes les occasions. La libre expression religieuse doit rester sous les règles de la raison et des raisons du vivre ensemble)

 

Parfois, ces Français musulmans, étant pour la plupart originaires d’anciens pays colonisés par la France, peuvent ressentir ce « cantonnement », même bienveillant, comme une survivance du colonialisme : d’où un malaise diffus ou parfois violent dans la société française, un complexe de culpabilité pour les uns, un sentiment d’ostracisme pour les autres. Cependant, si le brouillage politique et médiatique actuel semble parfois accréditer cette thèse, de nombreuses associations, dont ÉGALE, manifestent le contraire par leur prise de position et leurs actions en faveur du respect de l’égalité et de la liberté. 

Il faut donc expliquer sans relâche aux politiques ce qu’est la laïcité et soutenir les instances non politiques qui la défendent, sans complexe ni agressivité, parmi lesquelles ÉGALE ou encore plusieurs obédiences franc-maçonniques dont, en particulier, le Grand Orient de France qui a publié une liste de 25 propositions pour une République laïque au XXIe siècle. 

 

Restent peu de partis politiques (le Parti Radical ?) qui, dans les statuts mêmes de leur programme/action politique, inscrivent la laïcité comme une ardente obligation républicaine pour que le vivre ensemble puisse s’épanouir et s’appliquer à tous, suivant une laïcité fièrement défendue et expliquée, celle de 1905.

 

Comme on peut le constater, le paysage politique est contrasté et incertain et on peut fortement douter de son efficacité ! 

Une chose reste cependant : pouvoir faire que, dans le cadre des valeurs et lois de la République, Les religions en général et l’Islam en France en particulier acceptent les règles communes dont celles, essentielles, de la laïcité. 

 

Michel Ferrebœuf, membre d’ÉGALE, mai 2015.



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