Plan d’action Laïcité pour célébrer le 110e anniversaire de la loi de Séparation et sortir de la confusion.

posté le 06/04/2015

Plan d’action Laïcité pour célébrer le 110e anniversaire de la loi de Séparation et sortir de la confusion.

 

Nous sommes entrés dans une période de grand désordre s’agissant de la mise en œuvre de la laïcité. La campagne électorale a été propice aux surenchères de Nicolas Sarkozy et aux dérives du parti socialiste. À chaque fois, ce fut pour le plus grand bénéfice du Front National. Résumons : le président de l’UMP a cru nécessaire de surenchérir sur Marine Le Pen en réclamant la fin des repas de substitution dans les cantines scolaires. De la pure provocation? Non, une petite habileté politicienne, aux dépens de l’esprit républicain! Une mauvaise action !

 

Par ailleurs, le responsable national du PS, en charge de la laïcité, a préconisé, entre autres entorses à la loi de 1905, que l’État prenne en charge la formation théologique des futurs imams ! Aberrant ! Et notre lettre de protestation  à Jean-Christophe Cambadélis est restée sans réponse. Un signe parmi d’autres du degré de désorganisation de la Rue Solférino, et de la confusion idéologique qui règne désormais dans ce parti, héritier de Jaurès.

 

 Heureusement, durant la même période, le gouvernement de Manuel Valls tient le cap. Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, et Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, appliquent, chacun dans son domaine, une conception laïque du rapport de l’État à la religion. Ils y ont du mérite, compte tenu du climat délétère. Nous ne pouvons rester, nous, inactifs.

 

 

Le moment est venu de nous remobiliser pour préparer le 9 décembre 2015.

 

Je suggère que les associations laïques se rencontrent, sur la base la plus large possible, pour élaborer un Plan d’action Laïcité, qui sera proposé au Gouvernement en vue de la célébration du 110e anniversaire de la loi de Séparation

La liste des mesures à prendre sera limitée, au nom du réalisme politique. Elle n’en comporterait pas moins quelques avancées significatives. Dans la longue marche de la laïcité, ce qui importe, c’est le mouvement.

 

Voici quelques propositions pour nourrir ce Plan d’action Laïcité, que je puise au fonds commun de nos débats :

·   Adoption par voie législative de la suppression du délit de blasphème en Alsace et en Moselle.

·   Inscription dans le débat parlementaire de la proposition de loi du député Gabriel Serville et du sénateur Gabriel Karam, en vue d’une sortie progressive et concertée du régime dérogatoire des cultes en Guyane.

·   Ouverture, conformément à la Constitution et en application du Code de l’Éducation, d’établissements scolaires publics du premier et deuxième degré, dans les communes ou communautés de communes ou d’agglomérations, qui en sont encore dépourvues, alors que des établissements privés confessionnels sous contrat y sont implantés.

·   Suppression par voie réglementaire du caractère obligatoire de l’enseignement de la religion au sein des écoles et collèges publics dans les trois départements sous statut concordataire. Ce serait une première étape symbolique dans l’extension de la laïcité à l’ensemble du territoire national.

·   Interdiction de tous signes religieux ostensibles dans les Écoles Supérieures Professionnelles d’Enseignement, dans la mesure où elles préparent au concours de recrutement des maîtres de l’école publique.

 ·  Confirmation par voie législative de la Journée nationale de la laïcité, qui sera célébrée le 9 décembre sur tout le territoire, ainsi que dans les ambassades et établissements français à l'étranger.

 

Cette liste, prudente et volontairement modeste, va susciter des critiques, et provoquer bien des insatisfactions. Mais mon propos n’est pas de faire un programme électoral. Il est clairement de tenter de sortir du marasme actuel, de contribuer à redonner du sens au quinquennat de François Hollande en matière de laïcité. Il est de dessiner le périmètre d’un Plan d’action Laïcité que pourraient soutenir l’ensemble des forces politiques, syndicales et associatives laïques. 

 

J’ajoute à destination des dirigeants de gauche qu’il serait illusoire pour eux de penser qu’il pourrait y avoir une chance de victoire en 2017 sans une forte remobilisation des militants laïques. Et de ce point de vue le congrès national du PS, si mal engagé, sera déterminant. Faut-il rappeler qu’historiquement la gauche ne limite pas son projet de société à la lutte contre les inégalités économiques? Fille des Lumières, elle a aussi pour mission de combattre en faveur de l’émancipation et de la liberté de conscience, qui ne se restreint pas à la liberté de religion.

Gérard DELFAU



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