Les balourdises de l’UMP concernent aussi la laïcité à l’Université

posté le 27/02/2015

Les balourdises de l’UMP concernent aussi la laïcité à l’Université

L’UMP n'en démord pas : le combat contre le «communautarisme» passe par l'interdiction du voile à l'université. Et tant pis si cette mesure d’affichage sans nuance est jugée  dangereuse  par la plupart des présidents d’universités.

 Lydia Guirous, secrétaire nationale de l'UMP aux «valeurs de la République» affirme, dans un communiqué diffusé mercredi 11 février, que la laïcité ne doit pas «s'arrêter aux portes de l'université». Exact, mais la suite pose problème tant en termes de constat que de  suggestion. En effet cette responsable prétend avoir été alertée par de récents incidents provoqués par des professeurs qui refusent de faire cours devant des étudiantes voilées; elle propose que la loi de 2004 interdisant les signes ostentatoires d'appartenance religieuse dans l'enseignement secondaire « s'étende à l'enseignement supérieur ».

C’est un projet qui, parce qu’il est général et sans nuance, est sectaire et  contreproductif dans sa présentation et sur le fond. Formulé de la sorte, il favoriserait le communautarisme. Il révèle aussi une méconnaissance de la vie des campus où s’applique, comme ailleurs dans l’espace public, la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage.

L’université française est ouverte: elle accueille notamment un nombre important d’étudiants étrangers, 300 000 environ. Pour ces étudiants  la question de la laïcité revêt une acuité toute particulière, car bon nombre d’entre eux ne connait ni parfois ne reconnait le principe de laïcité. Or plus dense est l’hétérogénéité d’un groupe, plus les règles du vivre ensemble doivent être lisibles et strictement appliquées : d’où l’intérêt de l’application du principe de laïcité. Mais de quelles modalités parle-t-on ? De quoi s’agit-il juridiquement et pratiquement ?

Sur le plan du droit le principe de laïcité en France s’applique aux enseignements d’un bout à l’autre de la chaine éducative selon des exigences différentes : dans l’enseignement du premier degré, le principe de neutralité est une obligation qui se transforme en exigence d’impartialité dans l’enseignement secondaire et en obligation d’objectivité dans le service public de l’enseignement supérieur (art L 141-6  du code de l’Éducation). Ni plus ni moins.

L’équilibre  auquel on est parvenu depuis  1905 après les lois de 2004 et 2010 pourrait malgré tout être consolidé notamment  au niveau de l’enseignement supérieur, mais en aucun cas par un projet comme celui de l’UMP qui présenterait deux risques majeurs :

  • Celui  d’exacerber des attitudes communautaristes conflictuelles dans les universités qui ont pour vocation de dispenser la connaissance et  de favoriser la recherche dans un climat de sérénité indispensable à l’accomplissement de ces objectifs;
  • Celui aussi de faire fuir les étudiants étrangers de toutes convictions qui recherchent un enseignement supérieur de très haute qualité empreint de l’esprit du Siècle des lumières.

Pour autant, prenant en compte mon expérience d’ancien médiateur de l’Université d’Évry en charge notamment de l’application du principe de laïcité, j’approuve avec force les douze recommandations élaborées en 2012 par le Haut Conseil à l’Intégration  (HCI)  ancien organisme consultatif auprès du Premier Ministre.  (consultable sur le site d’ÉGALE)

Parmi ces propositions, la deuxième me semble correspondre au besoin du moment à l’ Université  notamment après les événements tragiques du mois de janvier qui ont mis en pleine lumière le besoin de liberté de conscience et de liberté d’expression.

Cette deuxième recommandation est formulée comme suit :  une mesure législative doit établir que « dans les salles de cours, les lieux et situations d’enseignements et de recherche des établissements publics d’enseignement supérieur, les signes et tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse soient interdits ».

Cette initiative correspond à l’application du principe de neutralité sur le lieu d’enseignement stricto sensu et donc correspond à l’obligation  d’objectivité dans le rapport enseignant-étudiant.

L’interdiction  des signes et tenus à caractère religieux ne concerne pas seulement le voile, ce qui serait a priori stigmatisant pour une religion, mais tous les signes ostentatoires religieux. Elle correspond aussi pour l’exercice des travaux  de recherche aux obligations impératives d’hygiène et de sécurité.

 

Agissons donc dans la nuance, progressivement, si nous voulons faire évoluer notre Université  publique laïque qui, selon les termes de la loi, doit être « indépendante de toute emprise ».

C’est vers cet objectif que tendent les mesures prises par  Najat Vallaud- Belkacem dans  le document publié il y a peu intitulé « mettre la laïcité et la transmission des valeurs républicaines  au cœur de la mobilisation de l’école »  qui concernent aussi (mesures 10 et 11)  l’enseignement supérieur. L’une d’entre elles  impose de « mieux former les enseignants du supérieur aux enjeux de laïcité, de lutte contre les discriminations, le racisme et l’antisémitisme. »

 

L’Université française, très cosmopolite dans sa composition, doit se doter davantage d’organes de médiations et de règles propres à l’épanouissement des savoirs dans la sérénité. Son caractère laïque en est la meilleure garantie.

 

Bernard FERRAND, vice président d’ÉGALE, le 13 mars 2014

 

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