François Hollande : « Il n'est pas question de modifier la loi de 1905 »

posté le 08/02/2015

La conférence de presse que vient de tenir le Président de la République, le 5 février, tout entière consacrée au thème : 

« Ma mission, c'est l'unité »,

confirme que la loi de séparation des Églises et de l'État reste le socle de la laïcité. 

Prenant appui sur l'impressionnante mobilisation du peuple de France, le 11 janvier, François Hollande  récuse toutes les voix qui, généralement à droite, et parfois gauche, reviennent à l'antienne de Nicolas Sarkozy (La République, les religions, l'espérance, 2004), selon laquelle il faudrait « réviser » la loi de 1905, devenue « obsolète », en raison du développement de la religion musulmane dans notre pays. Au même moment, Jean-Louis Debré, Président du Conseil constitutionnel, réaffirme, lui aussi, son attachement au Principe républicain :

« Pour moi, la laïcité n'est pas négociable ».

Le drame de nos sociétés actuelles, c'est qu'on n'est pas assez offensif sur ce principe », a-t-il aussi déclaré lors de l'émission Questions d'infos LCP-France Info-Le Monde-AFP.

Il est important que les  représentants des deux grandes institutions de la République, alors qu’ils sont de surcroît de sensibilité politique différente, convergent dans cet appel à l’unité nationale. De l'interview de Jean-Louis Debré, je détache aussi ce constat, qui prend le contre-pied d'une idée à la mode : 

«dans les écoles, « plus que le fait religieux, c'est la laïcité qu'il faut enseigner »,

et il ajoute : « car, face à l'affrontement des religions, les philosophes des Lumières et les Révolutionnaires avaient bien compris que la bonne façon d'apaiser choses, c'était la laïcité ».

Bien sûr, à droite, la thèse Sarkozyste continue d'alimenter les prises de position : lors d'une réunion de parlementaires, j'ai entendu un député UMP de Moselle reprendre l'adjectif « obsolète » à propos de la loi de 1905 et nous vanter la « modernité » du régime dérogatoire des cultes,  appelé Concordat… De son côté, le député de la Marne, Benoist Apparu, bras droit d'Alain Juppé, s'est fendu d'un vengeur : « Stop au totalitarisme laïcard ». Il n'a pas peur  des mots ni des contrevérités ! Et il assume depuis longtemps l’idée que la généralisation du Concordat à l’ensemble du territoire serait un progrès. Quant à Alain Minc, porte-parole des milieux d'affaires, il se prononce en faveur d'un « moratoire de cinq ans de la loi de 1905 », afin de permettre une meilleure intégration de l'Islam. Ne soyons pas dupes de cette « mansuétude » des uns et des autres à l’égard d’une catégorie de la population : en fait, ils prennent prétexte d'une meilleure intégration des Français de confession ou de culture musulmane pour tenter de faire prévaloir le retour à la « reconnaissance » et au financement de tous les cultes, et notamment du principal d’entre eux, l'Église catholique. Ils sont en mission pour le compte  du Vatican. Revenir sur la loi de 1905, voilà leur projet politique. Mais, comme ils se heurtent à l’hostilité de la très grande majorité des Français, ils avancent masqués. 

 

Bien sûr,  cette réaffirmation de la laïcité- séparation ne saurait nous faire oublier que trop souvent le chômage massif des jeunes et l'enclavement des quartiers urbains créent un terreau fertile pour les prosélytes fondamentalistes et les recruteurs djihadistes, un facteur qu’aggrave  la répercussion dans nos banlieues des conflits du Proche Orient. Pour autant, il ne faut pas, comme on le fait trop souvent à gauche, réduire le fondamentalisme musulman au problème social. Le débat a déjà eu lieu en 1905 : Jules Guesde reprochait à Jean Jaurès son engagement en faveur de la loi de Séparation, car selon lui c'était une trahison par rapport à la Révolution et aux attentes de la classe ouvrière. Jaurès pensait, lui, que la « question religieuse » est certes liée à la « question sociale », mais qu'elle ne s'y résume pas. Nous en sommes toujours là aujourd'hui. 

Enfin, cela ne signifie pas qu'il ne faille pas se préoccuper de la place de l’Islam dans la République, et de son adaptation à notre culture laïcisée, qui est désormais majoritaire. François Hollande souligne lui-même cette nécessité, en énumérant quelques sujets sur lesquels le gouvernement doit travailler : « Est-ce que nous devons recevoir des imams venant de l'étranger, sans règles, sans contrôle, sans formation ? ». Ou encore : « Les enseignants sont-ils bien formés à la transmission de la laïcité et des valeurs ? Nous allons renforcer leur formation initiale en ce domaine, ainsi que l'histoire des religions et la gestion des incidents ». Ailleurs, il cite le problème crucial de la formation et du contrôle des imams qui sont agréés dans les prisons. Le point plus épineux. Il aurait pu parler des cantines municipales et celles du secteur public de la santé, où parfois les autorités acceptent par ignorance ou manque de courage de servir des aliments halal ou casher, en contribuant ainsi à  un circuit commercial opaque, et dont une partie des revenus finance la création de lieux de culte ou leur fonctionnement. Ils contreviennent alors directement à l'Article 2 de la loi de Séparation. 

C’est vrai que sur tous ces sujets une remise à plat s'impose. Les pouvoirs publics doivent s’y atteler. Et chaque militant laïque peut contribuer à cette prise de conscience dans la sphère où il vit. Il lui faut seulement faire siennes les deux qualités majeures des législateurs de la IIIe République, de Jules Ferry à Aristide Briand : prudence et détermination.

Gérard Delfau

 

 Et aussi : « Réhabiliter les communautés » : le multiculturalisme contre la laïcité !

Par Charles Arambourou le 5 février 2015

 

 



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