Point de vue religion : « Blasphème : soyons précis ! »

posté le 27/01/2015

L’attentat contre Charlie-Hebdo a relancé le débat sur le délit de blasphème…

En effet, comment peut-on manifester en soutien à Charlie, pour la liberté d’expression, de la presse, de la caricature, et admettre que dans une partie du territoire national, en Moselle et en Alsace, le blasphème soit considéré comme un délit ?

Même si le code pénal local n’est plus vraiment appliqué ?

Il est vrai que depuis le début des années 50, personne n’a été condamné définitivement en application de son article 166 : en appel lorsqu’il y a eu condamnation, c’était pour trouble au culte, suivant l’article 167.

Des juristes disent que n’ayant pas été traduit, il n’est plus « opposable ».

C’est possible, mais l’existence du texte permet à des extrémistes religieux de toutes obédiences de s’offrir des tribunes judiciaires et médiatiques. C’est ainsi qu’une pièce de théâtre de Castellucci (sur le concept du visage du fils de Dieu) ou les caricatures de Charlie ont été récemment attaquées pour blasphème devant les tribunaux à Strasbourg !

Aujourd’hui les représentants des cultes demandent aussi la suppression !

Permettez-moi d’en sourire ! Leur proposition a été faite avant l’attentat. Ils étaient reçus par l’Observatoire national de la laïcité. Le projet de fusion des régions et la situation difficile de la plupart des régimes du droit local (sécurité sociale, chasse, corporations…) fragilisent le régime des cultes. Leur position est à l’évidence tactique : « Nous sommes modernes, ouverts, libéraux, mais laissez-nous nos privilèges ! »

Cependant, n’y a-t-il pas bien unanimité pour l’abolition du délit ?

Pas totalement, le Conseil régional du culte musulman d’Alsace vient de réclamer son maintien et même son extension à toute la France !

Il dit qu’on ne peut pas se moquer de tout. Faux ?

Là aussi il faut être précis. Je suis en désaccord avec la position d’un représentant de l’Institut du Droit Local. Il affirme que « le droit général et le droit local reconnaissent l’injure à une religion ». La religion n’est pas une personne et ne peut pas être injuriée. Ce que la loi réprime ce sont les attaques contre des individus ou des groupes « à raison de leur appartenance… à une religion ». Je peux me moquer d’une religion, idéologie parmi d’autres, je n’ai pas le droit d’injurier les personnes qui la pratiquent. La différence n’est pas qu’une simple nuance. Dommage que tous ne la perçoivent pas !

Propos recueillis par Malick DIA.

 



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