Quelle place pour les savoirs médiatiques ? Comment prendre en compte les savoirs acquis par les élèves en dehors de la classe ? L'analyse d'Agnès Perrin

posté le 29/11/2014

Selon l’article 12 de la Charte de la laïcité, les enseignants, parce qu’ils sont laïques, peuvent garantir « l’ouverture la plus objective possible à la diversité du monde ainsi qu’à l’étendue et la précision des savoirs» et n’exclure « a priori aucun sujet du questionnement scientifique et pédagogique ». Dès lors, comment prendre en compte les savoirs acquis par les élèves en dehors de la classe, par des émissions télévisuelles notamment ? 

C’est précisément à cette question que Lyonel Kaufmann, dans une interview donnée au Café Pédagogique (lire l’article du Café), tente de répondre. Il montre en premier lieu qu’aujourd’hui, les savoirs enseignés – notamment en histoire -  se trouvent parfois confrontés aux apports médiatiques (télévision, web) auxquels les élèves sont en permanence exposés. La question de la rigueur scientifique des sources comme celle de l’idéologie dominante de l’animateur qui n’est pas nécessairement laïque se pose de façon épineuse. De ce fait, un risque de manipulation des connaissances, donc de l’auditeur, existe. 

Pour étayer son propos, Lyonel Kaufmann évoque la manière dont un animateur vedette tente de réhabiliter le régime de Vichy par une manipulation idéologique des sources scientifiques. Comment le professeur doit-il réagir ? Doit-il rejeter les apports des médias au prétexte qu’ils ne sont pas vérifiés scientifiquement ?  Lyonel Kaufmann, avec beaucoup de pragmatisme, montre qu’on ne peut lutter en rejetant la culture médiatique. Il invite donc les enseignants à puiser eux aussi dans le réservoir d’informations en opérant une sélection scientifique. Ainsi, face à ces thèses révisionnistes affichées sur certains plateaux télévisuels par des animateurs très populaires, le chercheur préconise d’utiliser le documentaire de Jérôme Prieur Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé  pour immerger les élèves dans les faits de l’époque et ainsi dévoiler « toute la pourriture de l’humanité ». 

Un bon moyen pour éveiller la sensibilité et l’esprit critique des élèves, pour leur apprendre à ne pas se laisser abuser par les paroles d’autorité que semble conférer le vedettariat. En un mot pour les guider dans la formation du jugement et de l’esprit critique. En fait, Lyonel Kaufmann préconise une véritable éducation à la citoyenneté, en phase avec la loi pour la refondation de l’école.



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