Retrouvez l'audition de J-L Bianco : «Les enjeux de la laïcité dans la République et le monde»

posté le 23/10/2014

​Jean-Louis Bianco s’est tout d’abord attaché à rappeler ce qu’est la laïcité, c’est-à-dire un ensemble de règles de droit, notamment la loi de 1905 instaurant la séparation de l’Église et de l’État.

Mais il s’agit également «du produit d’un combat historique entre l’Église et l’État pour savoir si c’est l’Église qui contrôlerait les consciences à travers l’éducation et la formation, ou si c’est l’État qui assurerait le respect des consciences». La laïcité est donc avant tout «une liberté, une conquête de liberté», celle de croire ou de ne pas croire ; c’est aussi la séparation des Églises et de l’État, qui implique la neutralité de l’État, des collectivités locales et des services publics. Cette conception de la laïcité est au cœur de la citoyenneté française : nous sommes des citoyens à égalité de droits et de devoirs, peu importe les croyances ou les origines.«La laïcité est au cœur de la République car elle contribue à construire la citoyenneté», a insisté Jean-Louis Bianco.  

Pour le président de l’Observatoire de la laïcité, c’est cela qu’il faut réaffirmer dans une société française marquée par une forte défiance : pour 73% des Français, on ne peut pas faire confiance aux autres.

​Concernant l’application de la laïcité, J-L Bianco est revenu sur ce qu’interdit et garantit la loi dans l’espace public, notamment : aucune religion ne peut imposer ses prescriptions à la République, aucun principe religieux ne peut conduire à ne pas respecter la loi, aucun agent d’une administration publique ou gestionnaire d’un service public ne peut manifester ses convictions religieuses par des signes ou comportements prosélytes.

J-L Bianco propose quant à lui une distinction non-juridique entre un espace public qui est «le cœur intangible de la laïcité», autrement dit l’école, les services publics, les collectivités locales, et un espace public «partagé » que sont les rues et les places par exemple. « Quels peuvent être les comportements qui permettent de vivre ensemble dans cet espace partagé ? » s’est-il interrogé.

Plus récemment, les deux lois de 2004 et 2009 ont été votées afin de légiférer sur le port de certains signes religieux dans différents espaces publics. Concernant la première, qui interdit le port de signes religieux ostensibles à l’école publique, J-L Bianco estime aujourd’hui que « cette loi se passe très bien », et qu’ « il n’y a plus de contentieux ». Concernant la loi de 2009 interdisant le port du voile intégral dans les lieux publics, le président de l’Observatoire de la laïcité a rappelé qu’elle est fondée sur le respect de l’ordre public. Malgré certaines difficultés d’application, il n’en préconise pas l’abrogation car elle  est devenue aujourd’hui «un marqueur ».

​Alors que la conception française de la laïcité est attaquée dans le monde, Jean-Louis Bianco incite à défendre cette dernière, ajoutant que s’il devait un jour il y avoir une Constitution européenne, «nous aurions intérêt, l’Europe aurait intérêt, à intégrer le mot « laïcité » dans le texte ».

​L’enjeu aujourd’hui est de rappeler l’actualité de la laïcité, dans un contexte de tensions, de montée de l’antisémitisme, de l’anti-islam, des communautarismes, un moment «où il faut retisser le lien social». Pourtant, selon un récent sondage évoqué par Jean-Louis Bianco, «la laïcité résonne positivement pour la grande majorité de nos concitoyens». Quand elle est correctement expliquée, la laïcité emporte donc une large adhésion.

​Ainsi, c’est donc «un énorme travail d’éducation et d’information» qui doit être fait. La Charte de la laïcité mise en place par l’ancien ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon est «une excellente initiative», selon Jean-Louis Bianco, «encore faut-il qu’elle soit vécue, comprise, partagée».

​Enfin, Jean-Louis Bianco a fortement insisté sur lanécessité de «mobiliser les Français sur la laïcité», par exemple en instaurant une journée nationale de la laïcité le 9 décembre, comme l’a proposé l’Observatoire de la laïcité.

​Ramener de la raison dans le débat sur la laïcité, afin de lutter contre l’obscurantisme et les raccourcis ; ramener de la raison également pour apporter de l’éducation et de la formation sur la laïcitére-contextualiser ce principe afin de «comprendre le processus historique qui amène une société à se séculariser» ; contextualiser également le droit et son explication afin de faire face aux nouveaux enjeux, pas seulement à l’école : c’est ce qui devra être retenu de cette 10èmeaudition du Comité de pilotage. Il faut cesser d’ajouter des épithètes à la laïcité, «ni ouverte, ni positive » a également expliqué Guillaume Bachelay.

Et Jean-Louis Bianco de conclure : « Il faut la laïcité tout court. Tout le reste entraîne des déviations ».



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