Sarkozy et Copé courent après le FN ... à pas de Guéant

posté le 08/04/2011

SARKOZY ET COPÉ COURENT APRÈS LE FRONT NATIONAL …

À PAS DE GUÉANT 

« Tout ça, pour ça ! », aurait-on envie de dire au lendemain de la convention de l’UMP sur la laïcité, voulue par Jean-François Copé et encouragée par Nicolas Sarkozy. Ce qui devait être un grand événement politique est devenu au fil des jours une réunion privée, de courte durée, devant un public restreint, avec des discours soigneusement expurgés, tenus par des orateurs convenables et dont on avait exclu la droite dite « populaire » qui flirte avec le Front national. Le résultat de ce petit colloque insipide, ce sont « 26 propositions », qui, pour l’essentiel, reprennent les positions traditionnelles des pouvoirs publics face à l’extériorisation, dans nos cités, d’une conception très minoritaire et dogmatique de l’islam. Ce qui se réglait jusque-là par des circulaires ministérielles, les interventions des élus locaux ou le règlement intérieur des entreprises devrait faire l’objet d’une résolution parlementaire à l’Assemblée nationale et d’une, ou plusieurs propositions de loi, dès le mois de juin selon J.-F. Copé. Et c’est là que se révèle la finalité de cette initiative intempestive au dire de nombreuses personnalités de droite et du centre, et, en particulier, le premier ministre. Il y avait à la base l’idée de relancer encore et toujours le procès de l’islam pour flatter la supposée dérive droitière de l’électorat et concurrencer directement le Front national, en prévision de 2012. Misérable calcul. Dangereux pari sur la part d’ombre qui sommeille en chacun d’entre nous. Risque majeur pour la démocratie, comme la souligné Robert Badinter, faisant explicitement référence à la montée de la barbarie nazie dans l’Allemagne des années 30.

 

Mais une telle instrumentalisation d’une UMP, de surcroît divisée, pouvait ne pas suffire à entretenir cette surenchère politicienne, a-t-on pensé à l’Élysée. Et voilà qu’entre en scène un nouvel acteur : Claude Guéant, l’homme du Président, nommé il y a peu ministre de l’Intérieur, en charge des cultes. À ce poste stratégique, il devrait faire preuve de prudence et mettre toute son énergie à déminer le terrain. Son rôle serait d’encourager le dialogue entre toutes les composantes de la nation.

C’est le contraire qui se produit. Jour après jour, il distille des petites phrases bien calibrées pour stigmatiser ces citoyens français à part entière, qui se reconnaissent dans la culture ou la religion musulmane, comme d’autres sont catholiques, protestants, juifs, athées ou agnostiques. Benoîtement, il lance des provocations à connotations racistes, suggérées plutôt qu’explicitement énoncées. Il reprend les formules du Front national pour cultiver la peur de l’Autre, et établir une fausse équivalence entre immigration et insécurité. Le terrain ainsi préparé, il avance sa proposition : limiter l’immigration légale – « choisie » avait dit son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Il veut restreindre le droit au regroupement familial – mesure inhumaine – et réduire l’entrée sur notre sol de travailleurs étrangers, pourtant nécessaires au bon fonctionnement de notre économie. Sur ce chapitre, nous avions déjà connu des alertes : la stigmatisation des Roms par le Président de la République l’été dernier ; puis la tentative d’imposer par voie législative l’expulsion de Français fraîchement naturalisés en cas de condamnation pénale.

Mais l’action du nouveau ministre de l’Intérieur est d’une autre nature : agissant pour le compte du (futur) candidat Sarkozy, il entre délibérément en concurrence avec le programme du Front national. Après ce ballon d’essai, toute la panoplie des mesures d’extrême droite suivra immanquablement s’il n’y a pas un coup d’arrêt immédiat : la « préférence nationale » en matière de logement et d’emploi ; la privation des prestations sociales pour les étrangers vivant sur notre sol en situation régulière ; la fermeture des frontières aux européens, notamment de l’Est ; etc. En quelques mois de cette course à l’abîme nous serions mis au ban des démocraties. Et le visage de la France, patrie des Droits de l’Homme, serait durablement meurtri. Nos dirigeants politiques doivent réagir. Les personnalités de droite qui désapprouvent ne peuvent continuer à se taire. Et la gauche a le devoir de s’abstraire un moment de ses rivalités internes pour parler haut et clair. À défaut, la société civile devrait être capable de se mobiliser autour d’un Comité de défense des valeurs républicaines, indépendant des clivages politiques et extérieur aux enjeux électoraux.

Gérard DELFAU
Président d’EGALE
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