Sarkozy (et Copé) : la course à l’abîme.

posté le 16/03/2011

 

A propos de la laïcité

Il y a, dans la gesticulation quotidienne de Nicolas Sarkozy et de Jean-François Copé, à propos de la laïcité un instinct de mort qui menace notre démocratie.

Voilà un pays, la France, dont les habitants mettent très naturellement au premier rang de leurs préoccupations le chômage et l’aggravation incessante des inégalités sociales – et jamais l’islam.

Voilà un pays, la France, qui s’est doté en 1905 d’une loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, qui a assuré sans discontinuer la paix civile ; une loi qui est, de plus, en phase avec les aspirations des peuples du monde, comme vient de le montrer la dimension « laïque » du « printemps arabe ». 

Or, que se passe-t-il sous nos yeux ?

Nous voyons un Président de la République et un Secrétaire général de l’UMP qui ne cessent d’instiller la peur – et la xénophobie – contre les Français de culture et de religion musulmanes, tout en flattant l’électorat catholique qui n’en demande pas tant. Comment, dès lors, s’étonner que, sur ce terrain ensemencé d’extrémisme par de hautes autorités de l’Etat, s’épanouisse la fleur vénéneuse du Front national ?

Car je ne prends pas à la légère, contrairement à d’autres, la montée stupéfiante dans les sondages de Marine Le Pen depuis 2010. Et je n’exonère pas non plus les dirigeants socialistes de toute responsabilité dans ce désastre, même si, bien sûr, Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé en sont les principaux et presque uniques acteurs. Il y a comme une ressemblance entre l’impuissance du Parti socialiste d’aujourd’hui et le Parti social-démocrate allemand tétanisé devant la montée d’Hitler

Peut-on stopper cette course à l’abîme ?

Oui, à coup sûr, puisque, pour le moment, l’immense majorité des citoyens français n’adhère pas à cette instrumentalisation de la laïcité à des fins strictement politiciennes. Mais il faut faire vite, car, déjà, les dégâts sont considérables. Il est urgent de rassembler des hommes et des femmes de conviction, issus de la droite et de la gauche, et capables d’élaborer une plateforme programmatique pour l’application du principe de laïcité à la France d’aujourd’hui.

Voici ce que pourraient être les grandes lignes de ce programme
qui aurait vocation à être commun à tous les partis républicains dans la perspective de l’élection présidentielle :

-Réaffirmation du principe de laïcité et du caractère non révisable de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat.

-Création d’une Commission parlementaire, afin d’évaluer les besoins de l’islam en lieux de culte et recommander, si nécessaire, que la construction de mosquées soit facilitée par la mise à disposition du foncier par les collectivités territoriales, sous forme de bail emphytéotique ainsi que par des garanties d’emprunt. Deux mesures que la jurisprudence des tribunaux a déclarées, depuis longtemps, conformes à la loi de 1905.

-En revanche, réaffirmation de l’interdiction d’un financement public direct à ces projets et interdiction progressive de l’occupation régulière de la voie publique pour la célébration d’un culte.

-Mise en place de la Fondation de l’Islam de France qu’avait voulue Dominique de Villepin, alors Premier ministre, avec obligation que soit centralisé en son sein tout financement d’origine étrangère. L’Etat aurait, bien sûr, un représentant dans cette institution.

-Interdiction effective du niqab (ou voile intégral) dans les lieux publics et les rues, par respect de la dignité de la femme, conformément à la loi récemment votée.

-Vote par le Parlement d’une loi instituant le « 9 décembre » (date anniversaire de la Loi de 1905) comme journée de la laïcité et recréant les conditions d’une formation obligatoire de tous les enseignants à ce principe constitutif de notre République. Cette journée serait l’occasion de rappeler qu’il y a désormais une majorité de Français qui se déclarent athées, agnostiques ou indifférents. Ils ne réclament rien pour eux-mêmes, si ce n’est d’être reconnus dans leur identité et respectés dans leurs convictions.

Chimérique, cette proposition ?, penseront peut-être les commentateurs patentés de l’actualité politique. Je ne le crois pas. 
Elle veut répondre, fût-ce imparfaitement, à la sourde inquiétude qui saisit nos concitoyens devant les dérives de « débats » mal engagés sur la laïcité et devant les visites répétées du Président de la République es qualités au Vatican. Evidemment, elle ne peut servir qu’à circonscrire l’incendie et non à l’éteindre. 
Si l’on veut retrouver la paix sociale qui, à nouveau, nous échappe , il faut un formidable effort culturel et financier de toute la nation pour faire régresser le chômage et le sentiment d’abandon, qui ont peu à peu envahi les quelque 700 à 800 quartiers déshérités de nos villes. Et là, on devrait retrouver les clivages habituels du champ politique.

Paris, le 6 mars 2011

Gérard DELFAU, 

Auteur de
Du principe de laïcité, un combat pour la république


.