Neutralité religieuse

posté le 10/11/2013

GARANTISSONS LA NEUTRALITÉ RELIGIEUSE DANS LES SALLES DE COURS DU SUPÉRIEUR

 

 

Auteurs de l’avis de la mission Laïcité du Haut Conseil à l’intégration (HCI) "Expression religieuse et laïcité dans les établissements publics de l’enseignement supérieur en France" nous avons été surpris par sa révélation dans Le Monde du 6 août 2013, sous le titre: "Le droit de porter le voile à l'université remis en question. Le Haut Conseil à l'Intégration réclame l'interdiction des signes religieux dans l'enseignement supérieur". L'information a été donnée à notre insu. Aussi souhaitons-nous apporter les précisions suivantes :

 

Missionné depuis décembre 2010 par le HCI, notre groupe de réflexion, composé de femmes et d'hommes d'horizons philosophiques, politiques et professionnels différents, tous bénévoles, s'était de lui-même engagé à ne pas rendre public cet avis avant sa parution prévue en fin d'année 2013. Dans le respect de la continuité républicaine, celui-ci a été remis au président de l'Observatoire de la laïcité dès le 15 avril dernier, soit une semaine après son installation par le Président de la République. Tandis que deux de ses membres rejoignaient l'Observatoire, notre collectif décidait de sa propre initiative de mettre fin à ses activités.

 

L'avis en question contient douze propositions. Emballement médiatique aidant, on a voulu n'en retenir qu'une. Celle-ci a été, qui plus est, présentée de manière inexacte : la mission Laïcité du HCI aurait recommandé l'interdiction du voile islamique à l'université ! Et plusieurs commentateurs de prétendre aussitôt que nous ferions preuve d'hostilité à l'égard de l'islam, ou, pour le dire du terme discutable si impudemment brandi aujourd'hui dès qu'on évoque la laïcité, d’"islamophobie".

 

Rares sont au demeurant ceux qui ont repris l'énoncé précis de cette préconisation: "Interdire dans les salles de cours, lieux et situations d'enseignement et de recherche des établissements publics d'enseignement supérieur, les signes et tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse".

 

En effet, notre recommandation porte sur les situations de travail effectif. Elle concerne l'ensemble de l'enseignement supérieur et non les seules universités. Cette règle y est déjà observée dans certains secteurs tels les classes préparatoires aux grandes écoles, les BTS ou encore des instituts universitaires préparant à des métiers des fonctions publiques. Notre proposition a valeur générale. Elle parle de "tenues ou signes ostensibles" lesquels ont justement une dimension démonstrative; elle ne concerne pas les signes discrets.

 

En quoi l'exigence de neutralité religieuse dans les salles de cours, gage de sérénité de l'enseignement, serait-elle discriminante? Comment peut-on estimer que l'affichage "ostensible" d'une conviction religieuse dans un lieu de transmission et de discussion du savoir ne pose aucun problème? Si le religieux est certes présent à l'université, au même titre que les options politiques et philosophiques, il ne peut, dans les espaces d'enseignement et de recherche, imposer ses dogmes.

 

Nous admettons parfaitement qu'on puisse être en désaccord avec nos propositions. Encore faudrait-il que nos détracteurs s'appuient sur ce que nous disons et écrivons réellement.

Ainsi, aveuglés par leur volonté de démontrer que nous stigmatiserions les musulmans, certains n'ont pas hésité à affirmer que nous n’abordions pas la question de la reconnaissance mutuelle des diplômes universitaires avec le Vatican. C’est tout simplement faux : nous y consacrons un chapitre de notre avis et demandons explicitement la révision des accords dits "Vatican-Kouchner" et l'application effective du monopole d'État dans l'attribution des grades universitaires par les seules universités publiques.

 

Faisant fi des diverses questions soulevées dans notre avis, telles par exemple l’utilisation de locaux universitaires à des fins cultuelles ou la récusation de la mixité -que Le Monde du 7 août 2013 qualifiait dans son éditorial de "vraies questions"- certains déclarent encore que nous inventons des problèmes qui n'existent pas. Pourtant ceux-ci sont identifiés depuis au moins une décennie. En 2004, à la suite d'une enquête révélant de nombreuses situations problématiques, la Conférence des Présidents d'Université avait conçu un guide :"Laïcité et enseignement supérieur". Nous avons lu et apprécié ce document qui nous a légitimement inspiré.

 

Au cours des deux dernières années, la mission Laïcité du HCI a par ailleurs initié, aux côtés du ministère de l'Éducation nationale, un travail conséquent sur la "pédagogie de la laïcité à l'école". Elle a également apporté son concours à l’élaboration de la charte de la laïcité à l’école, initiative heureuse dont nous nous félicitons.

 

Au milieu des déclarations souvent confuses ou sentencieuses, quand elles ne sont pas simplement agressives, qui condamnent nos constats et propositions, nous tenons à saluer l'attitude du ministre de l'Intérieur -qui a indiqué que nos propositions étaient "dignes d'intérêt"- et d'un député qui, dans un récent entretien au Monde (11/09/13), déclare que l'Observatoire de la laïcité, dont il est membre, "doit naturellement se pencher sur la neutralité religieuse à l'université".

 

Rejoignant ici, avec nous, l'opinion d'une large majorité de nos concitoyens, l'un et l'autre témoignent d'une volonté bienvenue de réaffirmer nos principes républicains. L'expérience nous a en effet appris qu’à leur endroit, le manque de clarté, de lucidité et de courage, loin de favoriser le "vivre ensemble", attise les tensions et fait le lit des extrêmes.

 [Téléchargement du texte]

 

Signataires: Jean-Louis AUDUC, Directeur honoraire des études à l'IUFM-Université Paris Est Créteil, Elisabeth BADINTER, Philosophe, Sadek BELOUCIF, Professeur d’université, chef de service à l’hôpital Avicenne (93), Ghaleb BENCHEIKH, Ecrivain, Président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, Abdennour BIDAR, Philosophe, Guylain CHEVRIER, Formateur en travail social, Yolène DILAS-ROCHERIEUX, Maître de conférences en sociologie politique, Nanterre-Université, Stéphane DUFOIX, Maître de conférences en sociologie politique, Nanterre-Université, Bernard FERRAND, Professeur honoraire, chargé de mission Laïcité à l'Université d'Evry, Asma GUENIFI, Présidente de Ni Putes Ni Soumises, Thierry HAMON-ASSELIN, Proviseur-adjoint de lycée (93), Président du "Cercle Condorcet 93", Sihem HABCHI, Consultante, ancienne Présidente de Ni Putes Ni Soumises, Patrick KESSEL, Président du Comité Laïcité-République, Catherine KINTZLER, Philosophe, Guy KONOPNICKI, Écrivain, journaliste, Sophie MAZET, Professeur d'anglais en lycée (93), Frédérique de la MORENA, Maître de conférences en Droit public, Université Toulouse 1, Michèle NARVAEZ, Professeur en classes préparatoires aux grandes écoles à Lyon, Gaye PETEK, Fondatrice de l'association Elele-Migrations et cultures de Turquie, Gilles SCHILDKNECHT, Directeur délégué au Cnam, Alain SEKSIG, Inspecteur de l'éducation nationale, Alain SIMON, Grand Orient de France, Malika SOREL-SUTTER, Essayiste, Jacques TOUBON, Ancien ministre.



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