Lettre aux rectorats

posté le 24/06/2010

Monsieur le Recteur (ou Madame la Rectrice),

A l’approche du baccalauréat, nous tenons à attirer votre attention sur les regrettables incidents qui en ont émaillé le déroulement en 2009, en raison d’une violation manifeste du principe de laïcité, inscrit dans notre Constitution.
En effet, dans un certain nombre d’académies, des lycées privés sous contrat, sollicités par l’Education nationale pour être centres d’examen, ont mis à disposition des locaux pourvus d’emblèmes religieux. Cette situation a provoqué de vives protestations de la part de membres de jurys et de parents d’élèves, indignés que ne soit pas respectée la neutralité de l’examen. Ceux-ci ont fait observer, à juste titre, que, le baccalauréat étant un diplôme national, son déroulement ne saurait donner lieu à des manifestations de prosélytisme religieux, cautionné de surcroît par les plus hautes autorités de la République.

Notons, au passage, que ce type de protestation n’est pas propre à la France : sur plainte d’une ressortissante, la Cour européenne des Droits de l’Homme vient de condamner (arrêt Lautsi C., Italie, 3 novembre 2004) l’Etat italien qui accepte la présence de crucifix dans les écoles publiques. Et, plus généralement, la même Cour européenne, depuis plusieurs années, s’est prononcée en faveur de la sécularisation de nos sociétés démocratiques et de la liberté de conscience.

Songez, en outre, à ce que serait votre responsabilité si de tels incidents survenaient au moment où le Président de la République demande au Parlement le vote d’une loi interdisant le voile intégral dans tout l’espace public. La simultanéité de ces événements pourrait donner à croire qu’il existe un traitement préférentiel à l’égard de l’une des religions représentées dans notre pays. Et les organisations fondamentalistes, qui tentent d’imposer le port de la burqa, au mépris de la dignité de la femme, ne manqueraient pas de trouver là matière à contentieux auprès des juridictions françaises et internationales.

C’est parce que nous pensons que la neutralité de l’Etat en matière religieuse ne saurait être prise en défaut, et parce que nous craignons, cette année tout particulièrement, que sa violation ne donne lieu à des troubles à l’ordre public à l’occasion du baccalauréat, que nous vous alertons à ce sujet.

En vous remerciant par avance pour l’intérêt que vous porterez à notre démarche, nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Recteur,(Madame la Rectrice) l’expression de notre haute considération. 

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