Des rappels indispensables pour apprécier la question des rythmes scolaires :

posté le 09/11/2013

La supercherie permanente de l’intérêt des enfants

Depuis 60 ans je vis dans une école…publique. J’y ai même habité durant 17 ans ! Ma mère, cantinière provisoire, faute de gardienne me déposa en effet dès 1949 dans la classe des « grandes filles » qui me gardaient avec un plaisir particulier. Il est vrai qu’à l’époque elles avaient l’obligation d’apprendre les gestes de la maternité pour le Certificat d’études. N’empêche que depuis cette date je n’ai connu que des réformes du système éducatif au nom de l’intérêt des enfants… Et chaque fois il y a eu manifestations, grèves, contestations, railleries et indifférences. Déjà en ce temps là la maternelle à Sadirac , village d’un millier d’âmes n’existait pas et même pas une classe enfantine (ancien asile) qui est arrivée beaucoup plus tard. On entrait directement au Cours Préparatoire et… miracle : on apprenait à lire avec la méthode dite globale ! Il a bien fallu attendre une trentaine d’années avant que les petits Sadiracais entrent en maternelle…

Il y a eu des années de réformes des rythmes scolaires avec toujours comme motivation la réussite scolaire. Bon nombre de mes copains avaient une seconde journée en arrivant à la maison (vaches, lapins, poules ou moutons à nourrir, herbe à ramasser, aide au père ou à la mère…) et ils ne tombaient pas de leur banc durant une journée de classe qui se terminait à 17 heures. Et ils faisaient 5 ou 6 kilomètres à pied 5 fois par semaine pour venir s’asseoir sur un banc fait par le menuisier du village. Malgré 30 heures de présence par semaine ils tenaient le coup et tous ont réussi dans leurs secteur d’activité. J’ai aussi en mémoire les foucades d’un ministre qui avaient décidé un « temps d’activités périscolaires » assurées par les instituteurs en fin des années scolaires 55-56 et 56 et ce jusqu’au… 14 juillet. La rentrée était alors le 1° octobre ! Néfaste selon les spécialistes et on est revenu en arrière.

 Puis un ministre est passé par là et il a supprimé le concours des bourses pour aller en sixième. Un autre a inventé la suppression du certificat d’études et a prolongé le « primaire » jusqu’à 16 ans afin que le niveau d’instruction s’élève…Il y a eu l’invention des classes de transition où j’ai eu un immense plaisir à travailler et la suite avec des classes dites pratiques. Un jour pour une réconciliation avec les enseignants un gouvernement de droite supprima le samedi après-midi dans le temps scolaire après 1968 (arrêté du 7 août 1969). Ce n’était qu’un début puisque on arriva à se débarrasser du samedi matin (rentrée 2008) sans autre manifestation favorable que celle du milieu des professionnels du tourisme.

Il y a 41 ans, l’arrêté du 12 mai 1972  a stipulé que le mercredi devenait jour de congé à la place du jeudi ( avec mise en application à la rentrée scolaire 1972 ). Nouvelle polémique avec opposition des catholiques et annonces de catastrophes chez les élèves. On en est arrivé à la semaine de 4 jours en Gironde en 1992 alors que François Duplan était inspecteur d’académie. J’étais à ses cotés. Que n’ai-je entendu ? J’étais conseiller municipal délégué aux écoles : que n’ai-je subi ?  Protestations, pétitions, critiques, condamnations syndicales car les vacances scolaires étaient diminuées et la fatigue allaient faire tomber les élèves comme des mouches. Tout le monde a fini par s’y habituer car tout le monde y trouvait son compte sauf ceux qui étaient les premiers concernés.
L’arrêté du ministre de l’éducation nationale Lionel Jospin du 6 janvier 1990 a ensuite après moult ajustements laissé une large part de liberté locale dans l’organisation de la semaine : il était devenu possible de l’organiser en dix demi-journées, ce qui permettait de ramener la journée de classe à cinq heures dans l’enseignement primaire ( une question essentielle dans la problématique des ‘’rythmes scolaires’’ pour les spécialistes de la chronobiologie ).

Des consultations ont eu lieu à Créon. Les familles avaient eu tendance à demander en priorité la libération du samedi matin. Le mercredi, qui s’est substitué au jeudi depuis 1972 comme jour réservé pour le catéchisme, a été assez souvent sollicité pour être l’objet de transferts des heures du travail du samedi. Réunis les 11 et 12 juin 1990 en assemblée plénière extraordinaire, les évêques de France affirment leur volonté de voir la réforme des rythmes scolaires « réserver pour le catéchisme l’équivalent d’une demi-journée comprise dans le temps scolaire ». Ouf : l’intérêt des enfants étaient sauvé ! Important pour les rythmes scolaires !

Chaque fois on a réduit le temps de présence dans les écoles… au seul bénéfice des adultes ! On a tripatouillé à de multiples reprises les calendriers des vacances scolaires avec zones, sans zones, raccourcies, allongées… et finalement on n’a jamais réglé une situation française désastreuse. L‘académie de médecine avait constaté sous le gouvernement Fillon qu’avec la semaine de quatre jours, «la vigilance et les performances » des élèves étaient en baisse le lundi et le mardi, à cause de la coupure du week-end. L’élève reste donc «désynchronisé les deux premiers jours de la semaine», selon le rapport. Autrement dit, son rythme biologique n’est plus respecté, puisqu’il reste calé sur son rythme du week-end, ce qui provoque une grande baisse d’attention. Elle avait donc proposé …en 2010 d’aménager la semaine sur au moins quatre jours et demi, avec cours le samedi matin, ou même sur cinq jours.

Et arrive une nouvelle réforme Peillon, la énième qui est tout autant victime des corporatismes, des égoïsmes, des rumeurs, de la désinformation que toutes les autres ! L’éducation nationale du toujours + est impossible à réformer dans le flou. C’est le conservatisme pédagogique, administratif, relationnel qui prévaut encore dans la quasi totalité des cas. L’école qui avait été l’aiguillon novateur de la société n’a plus aucun dynamisme. Un enfant est pris entre les intérêts contradictoires des enseignants, des parents angoissés, des marchands du « temple », des élus voulant se faire un nom et il est donc dans l’insécurité permanente. Au lieu de l’encourager, de le valoriser, de l’éveiller on le recroqueville, on le surprotège, on l’isole du monde réel.  Il en est ailleurs dans le privé qui rigole doucement : l’audace pédagogique est dans ses rangs, l’aménagement du temps est chez lui et la réussite est acquise. Jules Ferry doit se retourner dans sa tombe !



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