Au Québec, les « accommodements » font débat !

posté le 04/09/2013

Au Québec, les « accommodements » font débat !

Impossible ici de retracer avec précision toutes les subtilités du débat qui agite nos « cousins » du Canada, d’autant plus que la vie politique québécoise ne nous est pas familière.

Il convient cependant de suivre attentivement l’évolution de ce dossier outre-Atlantique.

Michel Seelig, membre du Bureau d'Égale, Délégué aux collectivités territoriales.


Le quotidien français LE MONDE a fait récemment état (édition papier du 31/08/2013) d’une « polémique sur la laïcité au Québec ». Cette « polémique » porte en fait sur les limites à imposer ou non aux « accommodements raisonnables » au principe de laïcité de l’État.
Selon LE MONDE, « Le gouvernement du Parti québécois, dirigé par Pauline Marois, s'apprête à déposer un projet de "Charte des valeurs québécoises" dont les premiers éléments soulèvent déjà la controverse. L'objectif est de réaffirmer la neutralité religieuse de l'État en refusant à tout fonctionnaire ou employé d'un organisme parapublic le port de signes religieux ».

Cette information nous a conduits à faire une petite recherche sur les diverses prises de position dans la presse québécoise.

LA PRESSE est un journal « fédéraliste » (hostile à l’indépendance de la Belle Province) qui ouvre ses colonnes à des chroniqueurs de tendance variée. Sur le dossier de la laïcité, sa tendance est plutôt modérée.
Ainsi, Gérard Dubuc écrit-il (le 31 août) que « Ce qui plait aux Québécois dans le projet d'une charte des valeurs québécoises, c'est qu'elle puisse établir des balises, définir des règles claires qui permettraient de s'assurer que les accommodements avec les minorités soient raisonnables. » Cependant il considère le projet de Charte comme inutile puisqu’ « il est illusoire de croire qu'on pourra établir des règles claires qui résoudront tous les problèmes. Nous sommes dans le domaine du cas par cas et des exceptions. Ces règles sont essentielles, mais elles ne remplaceront pas l'intelligence, le bon sens et le respect du droit. »
Il y a quelques mois, Rima Elkouri montrait davantage encore d’hostilité à toute législation contraignante, en présentant le dernier ouvrage de Jean Baubérot, « La laïcité falsifiée », où « Monsieur Laïcité » « explique comment la laïcité, autrefois associée à la gauche, a été instrumentalisée de façon dangereuse en France par la droite et l'extrême droite. On a vu ainsi apparaître une «nouvelle laïcité» qui est en fait une imposture n'ayant rien à voir avec la laïcité de 1905 dont elle se réclame. «Il y a deux ou trois ans en France, personne n'aurait pensé que la laïcité française serait brandie à ce point par l'extrême droite», observe Jean Baubérot, qui voit dans cette dérive inquiétante matière à réflexion pour le Québec. » …  « Mais il espère que le Québec, fort d'une «laïcité roseau», moins impressionnante en apparence, mais plus résistante aux tempêtes que la «laïcité chêne» française, refusera de monter dans la voiture des «chauffards de la laïcité ».
On trouvera un choix important d’articles de LA PRESSE sur le dossier en suivant ce lien :
http://recherche.lapresse.ca/cyberpresse/search/theme/lapresse?q=charte+la%C3%AFcit%C3%A9&sort=recent&p=2


Dans le quotidien populaire LE JOURNAL DE MONTRÉAL, la tonalité est bien différente !
Le 2 septembre 2013, Ali Mouallem y publie ce « coup de gueule » : « Si le Québec est réellement un État laïque, il ne doit pas accorder, en plus des congés fériés existants, des congés religieux additionnels et payés à ses employés, enseignants ou autres. Même chose pour les signes religieux ostentatoires: l’État doit les interdire à tous ses employés, surtout ceux qui sont en position d’autorité, comme les enseignants et les gardiennes en garderies. La plupart des Arabes sont comme moi: nullement des fanatiques et totalement en faveur d’un État québécois vraiment laïque, et ça presse ! »

Cependant, quelques jours plus tôt, le 27 août, LE JOURNAL affirmait que « La délicate question des accommodements raisonnables et des signes religieux a été l'objet d'un débat mardi à l'hôtel de ville de Montréal. Au terme de la journée, les conseillers municipaux ont adopté à l'unanimité une motion en faveur d'une «laïcité à l'image de Montréal». Par l'adoption de ce texte, les élus souhaitent réaffirmer que Montréal est une ville multiethnique, multiculturelle, et surtout «multireligieuse».

Quant au DEVOIR, quotidien classé plus à gauche et proche du Parti Québécois (dont est issue l’actuelle Première Ministre qui ne dispose pas d’une majorité au Parlement), il relève que « des situations problématiques subsistent. Après son accouchement, une femme de confession juive est normalement autorisée à retourner chez elle, mais si c’est le jour du sabbat, elle ne peut pas partir. Or une unité engorgée commande qu’on libère sa chambre. Que faire ? Une enfant diabétique dont les parents sont musulmans ne peut prendre le sucre dont elle a besoin en période de ramadan. Que faire ? Un médecin catholique refuse de prescrire des pilules anticonceptionnelles. Un autre refuse de faire des échographies endovaginales, pour raison religieuse. Comment trancher ?
Ces situations complexes, dont la plupart interfèrent peu avec le fonctionnement des établissements, alimentent néanmoins une réflexion constante chez les gestionnaires et le personnel soignant », concluent les auteurs, qui prennent soin de noter que, malgré l’absence dans les réseaux scolaire et médical de « problèmes majeurs », des interrogations persistent sur les effets à long terme de ces pratiques d’ajustement, en plus d’une certaine exaspération chez le personnel combinée au sentiment que les accommodements se font « à sens unique ».

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