Du voile islamique d'une jeune fille et de la laïcité au Kosovo

posté le 19/05/2010

 Arjeta Halimi, une jeune fille de 17 ans, explique comment on lui signifia, en janvier dernier, qu'elle ne pouvait plus entrer dans son école de Vitina, dans l'est du Kosovo, proche du village de Drobesh, où vit sa famille. "Les agents de sécurité m'ont dit que je ne pouvais pas entrer dans l'établissement avec mon foulard", dit-elle à l'AFP. "Ils m'ont dit qu'ils avaient reçu des instructions du directeur. J'ai refusé de l'enlever. Depuis, je n'ai pas pu revenir à l'école". Le voile d'Arjeta couvre ses cheveux et ses épaules, encadrant son visage. Aucune de ses quatre sœurs cadettes ne le porte.

En dépit d'une décision du tribunal en sa faveur, l'établissement scolaire refuse d'autoriser Arjeta à assister aux cours, faisant valoir que la Constitution du Kosovo sépare clairement l'Etat de la religion. "Notre pays est un Etat séculier... Nous ne faisons que respecter la Constitution", indique Fehri Qerimi, le directeur de l'école de Vitina. S'il y a eu dans le passé d'autres élèves interdites d'école pour avoir refusé d'enlever leur foulard, le cas d'Arjeta est le premier depuis la proclamation de l'indépendance du Kosovo, en février 2008.

Politiques, personnalités religieuses, journalistes, juristes, sociologues, chacun y va de son commentaire. Les uns soutiennent les autorités kosovares dans cette affaire et rappellent que la Constitution définit le Kosovo comme un Etat "neutre sur les questions religieuses". Les partisans d'Arjeta insistent pour leur part sur le droit à la liberté de confession et au droit à l'éducation, faisant valoir que la justice avait donné raison à la jeune fille. Selon le sociologue kosovar Fadil Maloku, les auteurs de la Constitution kosovare se sont hâtés d'insister sur la nature séculière du nouveau pays pour "prévenir toute accusation que le Kosovo voulait établir un Etat islamique".

Les jeunes filles et les femmes sont rarement voilées au Kosovo, en particulier dans les villes.
A Vitina, les positions sont particulièrement tranchées sur le cas d'Arjeta. "Il s'agit d'un abus grave des droits de l'Homme. Le foulard n'est pas un symbole, mais une obligation des croyants", selon Fehim Abazi, l'imam local. Mais l'école visée rejette les critiques. "Nous ne lui avons pas refusé le droit à l'éducation étant donné qu'elle peut passer les examens", souligne le directeur.

Certains observateurs à Vitina sont persuadés que les autorités locales ont pour souci primordial de ne pas déstabiliser les relations entre la majorité musulmane et la minorité catholique locale. "Ces communautés vivent en pleine harmonie, sans aucun incident religieux entre elles", souligne le journaliste Ibrahim Sefedini.

25 avr 2010 (AFP)




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