Une femme en colère

posté le 16/04/2010

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Lettre d'Alger aux Européens désabusés, de Wassyla Tamzali

 

Féministe algérienne, interpelle les intellectuels occidentaux qui se sont battus pour l'universalité des droits de la personne humaine, et se montrent aujourd'hui incapables de penser cette universalité au-delà de l'Europe

Féministe algérienne, interpelle les intellectuels occidentaux qui se sont battus pour l'universalité des droits de la personne humaine, et se montrent aujourd'hui incapables de penser cette universalité au-delà de l'Europe. Eux qui ont défendu les principes démocratiques fondamentaux dans leurs pays, eux qui ont milité pour la décolonisation, auraient-ils oublié leurs combats? Ce livre met en lumière le renoncement de la pensée européenne devant la montée en puissance des groupes communautaires. En prenant pour indices la condition des femmes, la liberté de conscience ou la diversité culturelle, l'auteur passe au crible les idées de tolérance, de " laïcité ouverte ", d' " Islam modéré", de " droit à la culture ", et leurs conséquences politiques dans les pays arabes et musulmans.

WASSYLA TAMZALI, avocate à Alger, puis directrice du droit des femmes à l'Unesco, milite dans le mouvement féministe maghrébin. En 1991, elle organise la participation de l’Unesco à la 4e conférence mondiale des femmes à Pékin et en 1992, elle est membre fondateur du collectif Maghreb Egalité.

Commentaire de lecteur

Alors que la classe politique débat de la pertinence d'une loi interdisant le port de la burqa en France, l'ouvrage de Wassyla Tamzali, «femme appartenant à une société de tradition musulmane», tombe à point nommé.

Cette loi stigmatiserait l'islam, entend-on à gauche (Benoît Hamon). Elle serait difficile à appliquer, dit-on à droite (Christine Boutin). Dautres encore avancent le nombre infime de femmes portant la burqa (de quelques centaines à quelques milliers) pour conclure qu'une loi ne simpose pas.

Drôle d'argument car alors on n'aurait jamais supprimé la peine de mort en France puisqu'elle n'était quasiment plus appliquée. Une femme en colère prend à rebrousse-poil ces pusillanimités et place en première ligne l'universalité des droits de la personne humaine et notamment ceux des femmes. On ne transige pas avec les principes, nous dit son auteur, à moins de céder à lengrenage pernicieux du renoncement qu'elle voit déjà à l'œuvre en Europe et en France, via la complaisance de certains militants de gauche, voire leur adhésion, à «des idées ou des mouvements qui ont en commun de légitimer des approches antiféministes et de proposer en matière de droits de lhomme des discours misérabilistes».

«La tolérance à la française est devenu un avatar du relativisme culturel», écrit Wassyla Tamzali qui souligne que la «tolérance vis-à-vis des autres cultures est particulière à l'Europe et ne se retrouve guère ailleurs, notamment dans le monde musulman où les étrangers, dans le meilleur des cas, sont contraints de rester invisibles et où aucune place ne leur est faite dans lespace public (...) A la demande de l'Arabie Saoudite de construire une mosquée à Genève, les Suisses ont répondu, avec à-propos, qu'ils accepteraient bien volontiers, à condition de pouvoir en échange construire un temple en Arabie.»

Ancienne militante anticolonialiste, féministe, l'auteur déplore que la loi sur les signes religieux à l'école ait en France «minimisé le danger du voile» devenu «une arme médiatique» instrumentalisée dans lespace public comme politique.

Récusant le chantage à l'islamophobie défendu par les zigotos de l'EHESS - vous savez ces chercheurs du quartier latin qui refusent de déménager à Aubervilliers! - («faudrait-il renoncer à défendre la cause des femmes dans les sociétés dites arabo-islamiques ?»), elle pourfend les apôtres du différentialisme culturel qui conseillent de «faire avec». Faire avec le voile, les piscines non mixtes et autres revendications minant le vivre ensemble.

Wassyla Tamzali s'en prend aussi avec vigueur aux islamistes dits «modérés» qui auraient fait de l'Europe leur «champ d'expérimentation» : «je vois avec effroi les pays occidentaux faire le lit des idées fondamentalistes et devenir le laboratoire de normalisation des thèses identitaires et communautaristes (...) Le quitus que donnent certains intellectuels aux positions islamistes pèse lourd dans le projet d'islamisation modérée qui, est aujourdhui, le seul projet politique que j'observe dans les pays du sud de la Méditerranée.»

L'avertissement mérite d'être médité.



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