Faut-il légiférer contre port du voile intégral en Europe ?

posté le 07/04/2010

5 avril 2010

 

Faut-il légiférer contre port du voile intégral en Europe ?

 

La proposition de loi votée par la commission de la Chambre en Belgique comporte une interdiction totale du voile intégral dans l'espace public. Tout contrevenant s'expose à une amende de 15 à 25 euros et allant jusqu'à sept jours d'emprisonnement. Cette proposition doit encore être adoptée en séance plénière pour devenir une loi à part entière. L’application pour commencer. La Belgique ouvre la voie en Europe et il faut la suivre. Même si certains estiment qu’une loi de ce type risque de rencontrer l'opposition de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, nous continuons de penser qu'un texte de cette nature est nécessaire dans tous les pays de l’Union Européenne. Mieux, il faudrait qu’un maximum de pays mette en place une loi de ce type. Comment statuerait alors la Cour européenne des droits de l'homme si elle devait se prononcer non pas sur une loi mais sur six, sept, huit lois émanant de différents pays européens ? Ce ne serait pas la première fois que l'on pourrait ainsi faire bouger l'interprétation de concepts fondamentaux. En France, le conseil d’Etat a été plus que réservé, mais il est coutumier du fait et sa position trop vague a déjà retardé plus que de raison l’interdiction des signes religieux à l’école. A rendre trop souvent des avis trop vagues pour que les acteurs de terrain puissent savoir comment agir, il ne défend plus que médiocrement les valeurs républicaines et la laïcité. Lorsqu'une liberté religieuse entre en conflit avec une liberté fondamentale, je n’hésiterai pas à affirmer que c'est cette dernière qui doit avoir la priorité. Ou alors il faudrait admettre qu'une pratique qui atteint la dignité d'un être humain devient légitime dès lors qu'elle est revendiquée par des religieux au titre de la liberté de religion. Il s'agit bien là d'ailleurs, de « religieux » et non pas de « religion », puisque nous savons que le port du voile intégral n’est revendiqué que par une infime minorité de musulmans sectaires. En France des voix s'élèvent pour dire que le chômage ou la précarité représentent des questions plus importantes que le port du voile intégral dont il n’est pas nécessaire de s’occuper maintenant. Des hommes politiques n'hésitent pas, et ce n'est pas nouveau, à ignorer le droit des femmes considéré comme une « question mineure », illustrant ainsi ce fameux « plafond de verre » qui n'est qu'un mépris de la femme qui ne s’avoue pas. Il ne saurait être question de faire passer la dignité de la moitié de l'humanité au second plan. Dans une société démocratique, les questions qui touchent à l'égalité et à la dignité des individus sont tout aussi fondamentales que la lutte contre la précarité qui les atteint. Toutes doivent être traitées et non pas certaines au détriment des autres. C'est pourquoi nous persistons à dire qu'il faut légiférer et dire fermement que le port d'un niqab ou d’une burqa constitue une atteinte à la dignité de la femme. Qu'à ce titre, il ne peut être accepté ni en France ni dans l'Union européenne. L'enjeu est de taille : il s'agit de signifier à quelques fanatiques qu'ils n'ont pas le droit, sur notre territoire, d'exercer un pouvoir dictatorial sur leur épouse, leurs sœurs et leurs filles, car c’est illégitime et notre société a décidé de reléguer définitivement ce type de domination au rang des mauvais souvenirs.

Martine Cerf. Secrétaire Générale d'EGALE



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