Non-lieu. Un psychiatre en prison : soigner derrière les barreaux

posté le 20/03/2012

Quatrième de Couverture.

"La prison se porte bien, insensible au temps, à la couleur de l'exécutif et aux condamnations éthiques. Forteresse institutionnelle inaltérable, elle demeure le fidèle instrument d'une politique pénale de plus en plus répressive, où l'élimination remplace l'exclusion. En témoigne la création des centres de rétention de sûreté nés du principe de précaution et du populisme pénal.
Après quinze années passées au sein de l'institution pénitentiaire de Fresnes, Christiane de Beaurepaire livre ici son témoignage de psychiatre, traçant avec affection et parfois brutalité des portraits de prisonniers et de soignants, contant des histoires de vie poignantes, dénonçant les absurdités du système carcéral. Carrefour opaque de tous les paradoxes, la prison est aussi le dernier «asile» de la folie et de la misère, une régression de plusieurs siècles, le dernier refuge des hommes exclus et de l'humanité sans fard.
Qui remplit les prisons ? Comment y arrive-t-on et pourquoi y retourne-t-on ? L'auteur explique comment elle a vu la maladie mentale pénalisée par la justice s'installer légalement en prison et y prospérer. La démission des politiques sanitaire et sociale, l'indifférence des responsables et la destruction du dispositif de santé publique en portent la responsabilité."

Christiane de Beaurepaire est psychiatre des hôpitaux, après avoir exercé dans le service public auprès de malades adultes, puis comme chef de service en pédo-psychiatrie, et enfin comme chef de service d'un secteur de psychiatrie en détention. Elle poursuit actuellement une thèse sur l'irresponsabilité pénale des malades mentaux et travaille à l'insertion des sortants de prison souffrant de troubles mentaux et de comportements «déviants».Christiane de Beaurepaire s'est tant de fois cogné la tête contre les murs de la prison, quand elle était responsable du service médico-psychiatrique de Fresnes. Pendant quinze ans, à l'hôpital pénitentiaire et dans la prison, elle a essayé de soigner des détenus, de plus en plus nombreux à avoir besoin de psychiatres. Elle n'a jamais hésité à pousser des coups de gueule pour dénoncer la psychiatrisation des prisons et son manque de moyens. Maintenant qu'elle se "contente" de son activité à l'hôpital, où elle soigne toujours beaucoup d'anciens détenus, elle a voulu revenir en prison, le temps d'un livre, pour raconter ses souvenirs, ses indignations devant l'aggravation de la situation. Et dire son inquiétude face aux dangers du "populisme pénal", qui conduit de plus en plus de gens en prison, et à la rétention de sûreté, qui maintient enfermés des prisonniers estimés dangereux à la fin de leur peine. C'est d'ailleurs dans l'hôpital pénitentiaire de Fresnes où elle a exercé que s'ouvre le premier centre...

Christiane de Beaurepaire s'attache d'abord aux personnes : aux détenus, aux surveillants, aux infirmières qu'elle a côtoyés. Elle s'attache à la dimension humaine de la prison, à ces moments de dialogues, de fous rires et de désespoir. Ceux des patients détenus, bien sûr, mais aussi les siens face à "cette machine à exclure et parfois à éliminer" qu'est la prison.

Elle est humaine, trop humaine, parfois, au goût de l'administration pénitentiaire. Elle parle de David, un habitué des soins psychiatriques. Un homme très fragile. Un jour, elle le voit descendre d'un taxi muni de ses bagages : des cartons. Libéré quelques jours plus tôt, David revient vers la prison demander de l'aide. Christiane de Beaurepaire l'emmène au mess du personnel pour l'inviter à déjeuner. Ils s'attablent, mais un surveillant survient : "Non, madame." Ils doivent sortir. Quand elle revient, elle lit "la haine" dans les yeux des surveillants, subit une fouille plus prononcée car le portique a sonné. Elle découvrira plus tard une lettre anonyme, glissée sous la porte de son bureau : "Fais gaffe à ta peau, salope."

Comment soigner en prison ? Elle s'interroge et dit dans ce livre sa rage devant cette impossibilité et ce scandale de voir tous ces malades et ces pauvres en prison.

Pourquoi ? Christiane de Beaurepaire donne une réponse froide et économique : "80 euros le prix de journée en prison contre 600 à l'hôpital. A ce prix-là, on rêverait, au ministère de la santé, d'emprisonner les cardiaques, les infectés, les diabétiques, les vieux."



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