Communiqué du Conseil d’État sur les crèches

posté le 12/11/2016

Communiqué du Conseil d’État sur les crèches : non, il ne fallait pas ouvrir la boîte de Pandore

Cet arrêt du Conseil d'État est inacceptable en soi, et il est catastrophique au plan politique :

1. Il va provoquer une surenchère entre les religions : pourquoi refuser à l'une ce que l'on concède à une autre ? Intégristes musulmans, mouvements juifs ultra-orthodoxes et fondamentalistes protestants, entre autres, ne manqueront pas d'invoquer cet arrêt pour justifier leur demande d'une présence dans les espaces de la Fonction publique, et demain dans les contenus de l'enseignement public. Il ouvre la boîte de Pandore.

2. Il fragilise la loi de 2004, portant interdiction des signes religieux à l’école, durement attaquée par les Églises et structures confessionnelles, et il affaiblit sur ce point la position de la France dans les instances internationales.

3. Il offense les athées, les agnostiques, les libres penseurs et plus généralement les laïques, qu'ils soient croyants ou non-croyants, à qui il refuse le droit à la neutralité de la Puissance publique, considéré comme un acquis depuis plus d’un siècle. Au fond, il les considère comme des citoyens de seconde zone, à partir d’une prétendue tradition ou de considérations qui n’ont aucun fondement juridique : qu’est-ce que le « culturel » et le « festif », au regard du principe républicain de liberté de conscience ?

4. Il offre à des élus de droite extrême et d'extrême droite le prétexte à une agitation politicienne, qui nourrira plus encore le cancer du populisme, le jour même où il remporte une inquiétante victoire aux États-Unis, et alors que s’ouvre chez nous une délicate période électorale.

Bref, bien loin d’apaiser les contentieux, il va les multiplier au bénéfice d’appareils confessionnels et de dirigeants politiques sans scrupule.

Décidément la Haute Juridiction vient de prendre une décision qui méconnaît notre Histoire, qui manque de lucidité sur l’état de la France, et qui sera source de discordes civiles.

Gérard Delfau

 

 



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