Inhumaine religion – Le calvaire de Vincent Lambert

posté le 10/07/2016

    Inhumaine religion - Le calvaire de Vincent Lambert

La Cour d’appel de Reims a confirmé le 8 juillet le jugement rendu le 10 mars par le juge des tutelles de Reims confiant à Rachel Lambert, l’épouse de Vincent, la tutelle de son mari.

On voudrait croire que cette décision marque la fin du calvaire de cet homme de 40 ans aujourd’hui, en état de « conscience minimale » depuis un accident de la circulation survenu en 2008. On voudrait le croire, mais on est loin d’en être certain tant une partie de sa famille (ses parents et deux de ses frères et sœurs) sont farouchement opposés à une fin de vie provoquée, et ont su trouver, pour la contester, l’appui (bénévole ?) de juristes compétents, accrocheurs et retors.

L’« affaire Vincent Lambert » comme on l’appelle maintenant a en effet connu de nombreux rebondissements, depuis cette date de décembre 2012 où le Dr Eric Kariger, gériatre, chef de pôle de l’unité de soins palliatifs du CHU de Reims, avait donné son accord pour organiser une réflexion autour d’une éventuelle « obstination déraisonnable », l’équipe médicale décidant en avril 2013 d’arrêter l’alimentation. A deux reprises, le 11 mai 2013 puis le 16 janvier 2014, saisi par les parents de Vincent, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, annule la décision des soignants. L’affaire est alors portée devant le Conseil d’Etat qui, le 24 juin 2014, juge légale la décision du Dr Kariger.

Le même jour la CEDH, également saisie, suspend cette décision en attendant de se prononcer au fond. Le 5 juin 2015 puis, à nouveau saisie, le 8 juillet, la CEDH estime que l’arrêt de soins ne viole pas la Convention européenne des droits de l’homme. Le 15 juillet, le CHU de Reims informe la famille de l’ouverture d’une nouvelle procédure en vue de l’arrêt des traitements. Les parents déposent alors une plainte contre le CHU pour mauvais traitements. Le 23 juillet, le docteur Daniela Simon, nouvelle responsable de la décision collégiale, décide contre toute attente de ne pas stopper l’alimentation. Pour expliquer sa décision, elle fait valoir que « les conditions de sérénité et de sécurité nécessaires à la poursuite de la procédure ne sont pas réunies », compte tenu des risques encourus par le patient et les soignants. Un blog anonyme a même proféré des menaces d’enlèvement. Elle renvoie au ministère de la Santé pour la suite à donner au dossier.

Le 10 mars 2016, le juge des tutelles de Reims remet la tutelle de Vincent Lambert à sa femme. Le 16 juin, la Cour administrative d’appel de Nancy décide que la procédure d’arrêt des soins doit reprendre. Le 8 juillet, la Cour d’appel de Reims confirme le jugement du 8 mars.

Deo gratias, c’est le commentaire que l’on trouve, répété, sur les blogs consacrés à l’« affaire » de ceux pour qui la justice divine prime non seulement sur celle des hommes, mais sur la simple humanité. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que, enfermés dans leur logique fondamentaliste, les parents de Vincent Lambert entérinent le jugement du 8 juillet qu’ils ont d’ailleurs jugé « délirant » ; se préparer plutôt à des actions violentes et illégales. L’intégrisme religieux est le même partout.

 

                                                                                                                                                 Alain Azouvi

 

 



.