La laïcité, la droite et 2017 : ciment sociétal ou cache-misère ?

posté le 23/06/2016

LA LAÏCITÉ,  LA DROITE ET 2017: CIMENT SOCIÉTAL OU CACHE-MISÈRE ?

 

Laissons pour un temps la gauche à ses respectables débats républicains sur la laïcité. L’essentiel a été dit sur le fond il y a plus d’un siècle lors des débats parlementaires de la loi de 1905. Et quand bien même il y a discussion  au sein de la gauche, l’objectif final demeure de conforter les soubassements de la République.  Est-ce le cas chez les conservateurs ?

 

Dans le contexte de la préparation des présidentielles de 2017 attachons notre attention sur  la laïcité telle qu’elle est  débattue au cœur de la primaire à droite chez les Républicains. Dans cet espace c’est le retour  en force d’un sujet qui  fait toujours polémique et qui est surtout posé  en lien consubstantiel avec la monté de l’islam politique. 

 

Dés 2012 Jean François Copé devisant sur le thème de la laïcité et de l’intégration attirait déjà l’attention sur le « racisme anti-blanc » dans son manifeste pour une droite décomplexée ; il propose aujourd’hui pour y remédier un «  code de la laïcité et des cultes » avec pour finalité de définir une fois pour toutes -sic- les devoirs respectifs de la République et des religions : il présente  République et religions sur un pied d’égalité institutionnel ce qui n’a pas des sens. Depuis  1946 en effet la laïcité figure dans la constitution comme l’un des principes de la République, les cultes, eux, n’étant pas reconnus selon la terminologie juridique en vigueur. 

 

Francois Fillon, lui, s’est prononcé dans plusieurs déclarations en 2015 contre une « laïcité agressive » et affirme «  vouloir interdire toute forme de prosélytisme à l’intérieur   de l’espace public » ; et précise que « vouloir interdire toute manifestation religieuse en dehors du domicile est de la laïcité agressive, quelle que soit la religion. » Doit-on en conclure qu’il a bien intégré dans son programme tous les aspects de la loi du 9 décembre 1905 lorsqu’il met en garde contre une laïcité « tournée contre la religion catholique pendant très longtemps » ? L’allusion est suffisamment forte pour qu’on puisse penser que  son positionnement consiste pour la République à devenir la  protectrice des cultes !

 

L’originalité de Bruno Lemaire c’est de souligner que la « laïcité est un combat culturel », qu’il faut le mener au plan national et international. Ce dernier volet mérite attention. Il  conclut  dans son ouvrage  « Ne vous résignez pas !» que pour les relations diplomatiques avec les États du Golfe : «  nous ne pouvons plus tolérer la moindre ambiguïté dans les relations de ces États avec les mouvances islamiques ». Sur ce terrain-là, nous pouvons parfaitement suivre son auteur bien qu’il peut y avoir loin de la coupe aux lèvres !

Autre  candidat de la primaire entre «  Les Républicains », Gérard Darmanin s’est affirmé adversaire « d’une laïcité punitive », ce que la brièveté du propos rend audible !

 

Consacrons  maintenant quelques instants aux deux grands compétiteurs de cette primaire : le maire de Bordeaux et l’ancien Président de la République.

 

Alain Juppé, dans un ouvrage  de 2014 «les Douze travaux de l’opposition», préconise « des accommodements raisonnables » avec l’Islam afin que l’identité  de la France devienne une « identité heureuse ». Quand on connait les dérives  du concept de laïcité constatées au Canada on est très circonspect, voire franchement hostile à cette orientation. Dans le meilleur des cas, sa proposition d’instaurer  « un délit d’entrave à la laïcité dans les services publics pour sanctionner son non-respect » alourdit l’arsenal répressif sans  valoriser ni compléter la face libéralisante de la laïcité. Comme l’affirme Martine Cerf pour donner un sens profond à son combat : « ma liberté  c’est la laïcité».

 

Quant à Nicolas Sarkozy promoteur, on s’en souvient, d’une «laïcité positive» et pourvoyeur des polémiques entre les missions de l’instituteur et du prêtre, il continue sur sa lancée. En juin 2015 il consacrait une journée de réflexion à huis clos – on est jamais trop prudent- du nouveau parti qu’il préside à « l’Islam et la République ». Bien que rien n’est réellement filtré de la réunion en dépit de l’hostilité de bon nombre des principaux responsables de cette formation politique, on sait que l’ancien chef d’État a toujours pour volonté d’interdire (probablement par voie législative)  le voile à l’Université et de supprimer les repas de substitutions dans les cantines scolaires. Il veut par ailleurs mettre en forme législative un projet pour «un Islam de France », tentation paraconcordataire qui n’augure rien de très positif. Le pire en l’occurrence serait  de relancer directement un communautarisme religieux et avec cette proposition nous n’en sommes pas loin.

 

La droite décidément ne considère toujours pas la laïcité comme un ciment sociétal. Ses propositions cache-misère imposent de rester en éveil réactif si nous ne voulons pas avoir à affronter, après l’échéance présidentielle de 2017, de sérieuses contestations du «  vivre ensemble » .

 

Bernard Ferrand

VP EGALE

 

 



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