Touche pas à mon Pack !

posté le 22/04/2016

Pour une lecture

"ZEN" 

 

Définitivement acquis, les droits des femmes ? 

 

Dépassé, le combat des femmes pour la libre maîtrise de leur corps et de leur fécondité ? 

 

C’est ce que d’aucuns voudraient nous faire croire. Pourtant, l’expérience nous montre que rien n’est jamais acquis et qu’il est  inconséquent de baisser la garde. « L’affaire » de la suppression du Pack contraception par la nouvelle majorité de la  Région Île de France, doit être envisagée à cette aune. 

 

Ce Pack, dispositif gratuit et anonyme d’information, de prévention et d’accès à la contraception à destination des jeunes lycéens, avait initialement été mis en place en région Poitou Charentes, puis généralisé dans les autres régions. Sa suppression, aussi inopinée que subreptice, a causé un émoi certain lorsqu’elle a été révélée. Des associations féministes et le planning familial, entre autres, ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un signal très inquiétant.

 

Mauvais procès répond la Région qui invoque que trop peu de packs ont  été  distribués pendant la précédente mandature et que sa ligne  budgétaire n’a pas été exécutée en 2015. Sa décision,  estime-t-elle, ne fait que ne formaliser un abandon déjà effectif.

 

Une telle décision, que la Région Île de France est, pour l’heure, seule à avoir prise, ne mérite sans doute ni excès d’honneur ni d’indignité mais elle ne doit pas pour autant laisser indifférent. 

 

On peut d’abord regretter la disparition d’un dispositif dont le caractère innovant – il s’adresse à la fois aux jeunes filles et aux garçons, ce qui est bien rare  – n’a pas été assez valorisé.

On peut ensuite s’étonner d’un raisonnement à la Gribouille qui, pour remédier à une utilisation insuffisante du pack, y met un coup d’arrêt. 

Il est également difficile de ne pas s’interroger sur la dimension idéologique d’une telle suppression lorsqu’on connait la proximité de plusieurs colistiers de Valérie Pécresse avec La Manif pour tous et ses satellites. D’autant que procéder ainsi, en catimini, n’est pas pour rassurer sur l’innocence des acteurs.

On peut enfin s’inquiéter de la portée symbolique d’une telle décision, dans un contexte international  où les offensives contre les droits des femmes à disposer de leur corps se multiplient.

 

A cet égard, plusieurs évènements récents doivent nous alerter, d’autant plus qu’ils se déroulent à nos portes : sans parler d’assouplissement des législations les plus contraignantes en matière de droits sexuels et reproductifs des femmes, dont il n’est pas fortuit qu’ils soient sous influence d’un clergé aussi puissant que rétrograde ou sous la pression communautariste d’une religion d’état, c’est à une cascade de régressions que l’on assiste ces dernières années.

 

 « Occupez vous de vos rosaires, pas de nos ovaires »  scandaient les militantes féministes lors des rassemblements de 2013-2014, en soutien aux espagnoles auxquelles le gouvernement Rajoy voulait supprimer le droit à l’avortement, et qui n’a reculé que devant l’ampleur de la mobilisation internationale.

 

Les cintres brandis près de l’ambassade de Pologne le 10 avril dernier symbolisaient, quant à eux, les avortements clandestins auxquels les polonaises seraient contraintes, au péril de leur vie, si, avec la bénédiction de l’Eglise ultra conservatrice, le projet de loi du gouvernement supprimant le droit à l’avortement, déjà limité à des cas extrêmes, était adopté.

 

On pourrait également citer le Portugal dont le référendum de 2007 dépénalisant l’avortement a été fortement restreint par une loi que le gouvernement a votée en 2015, suite à une initiative de mouvements pro vie, ou l’Italie qui, après avoir été dans les premiers pays à légaliser l’avortement, fait aujourd’hui face à une entrave de fait, puisque 80 % des médecins refusent de le pratiquer en faisant jouer une clause de conscience, tardivement  détectée pour la plupart d’entre eux.

 

Dès lors que les droits sexuels et reproductifs ne sont pas inscrits dans la charte européenne des droits fondamentaux ils  sont du ressort de chaque état, avec les conséquences que l’on connaît. Plusieurs rapports progressistes ont ainsi été rejetés, tel celui d’Edith Estrela. C’est pourquoi les lobbies anti avortement s’attachent également à tenir les leviers des initiatives citoyennes et à investir les instances européennes (Cf. l’opération « one of us »), quand ce ne sont pas des parlementaires ou Commissaires, ouvertement opposés au développement des droits des femmes qui ont la charge des problèmes de santé !

 

Même chanson dans les instances onusiennes où, alors que dans  61 % des pays l’avortement est interdit ou soumis à conditions drastiques, le thème des droits sexuels et reproductifs est toujours celui qui provoque les plus vifs remous diplomatiques et les blocages les plus résolus

 

On nous permettra donc  de penser qu’en matière de santé sexuelle et reproductive,  le vieil adage, qu’il faut mieux prévenir que guérir,  a une certaine sagesse. Et c’est précisément parce qu’à ce jour, nous sommes encore exemptes des remises en cause brutales dont sont victimes nos amies des pays voisins, que notre devoir de solidarité, mais aussi de vigilance, doit être sans faille. Au-delà  des arguties politiciennes ou  comptables sur le bien fondé de la  décision de la Région Île de France, il faut dire haut et fort que toute remise en cause de l’accès à la contraception et à l’avortement libre et gratuit est un mauvais coup porté aux droits des femmes.

 

 Laure Caille

Déléguée aux droits des femmes 

 



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