Daoud islamophobe, contre-enquête.

posté le 24/02/2016

     Kamel Daoud, journaliste et écrivain algérien, affirme dans différentes interviews vouloir « arrêter le journalisme », « être fatigué de tout ça ». 

     En lisant ces quelques lignes, je m’imagine déjà que l’Imam salafiste qui a lancé une fatwa contre lui en 2014 pour « apostasie et hérésie » a gagné, que l’obscurantisme le plus vil a réussi à user cette voix de la révolte. Que nos amis de Charlie ont perdu une bataille. 

 

     Mais, il n’en est rien !  

 

     Non, le coup le plus dur, celui qui renvoie le journaliste au mur du silence, celui qui fait le plus « peur » à l’écrivain est porté par un collectif d’universitaires, par des confrères confortablement assis dans leur posture savante. Ils accusent Daoud, l’algérien menacé et protégé de la vindicte islamiste, « [d’]alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme. » 

     Après l’affaire Élisabeth Badinter qui a secoué violemment l’Observatoire de la laïcité et déchainé les plumes acerbes du ban et de l’arrière-ban de la sociologie, de l’anthropologie et de l’ethnologie, voici donc l’affaire Daoud. Elle relance une fois de plus le procès en islamophobie et pour paraphraser cette voix que l’on veut faire taire, cette vindicte collective l’offre « en pâture à la haine locale sous le verdict d'islamophobie qui sert aujourd'hui aussi d'inquisition. » 

 

     Comment peut-on rester silencieux face à un tel refus de la liberté d’expression au nom d’un soi-disant respect des cultures ? 

 

     Comment ne pas plonger dans notre histoire, celle de nos grandes plumes, comment ne pas penser aux autodafés, aux fatwas catholiques lancées contre Voltaire, contre Diderot, contre l’esprit des Lumières ?

 

     Comment ne pas voir que cet esprit souffle bien trop faiblement derrière la voix de ces journalistes et écrivains qui mettent leur vie en danger pour garder le droit de dire, le droit de tout dire ? 

 

     Comment ne pas voir qu’à force d’attiser les haines, on étouffe les braises ?

 

Peut-être, devrait-on intenter un procès en catholicophobie à Diderot pour avoir, en son temps, osé écrire La Religieuse ? Pour avoir osé dénoncer l’enfermement des femmes entre les murs des couvents ? Pour avoir osé évoquer la misère sexuelle dans laquelle le respect d’une pseudo-volonté divine enfermait les corps pour garder la maitrise des âmes ? 

 

     Oui, les religions du livre ont un problème avec la sexualité. Il faut oser le dire, il faut oser l’écrire. 

 

     Oui, l’enfermement des femmes entre quatre murs, ou entre des lais de tissus, ou encore dans une camisole psychologique, oui, cet enferment implique forcément une perte de repères et des outrances.  

 

     Alors, oui Kamel Daoud a raison même si le ton de sa révolte peut paraitre outrancier et choquer les bobos enfermés dans des idéaux d’un manichéisme à toute épreuve. 

 

     Pour permettre à notre société de vivre apaisée, pour lui permettre d’accueillir l’autre sans peur, il faut oser dénoncer les outrages, la violence et la bêtise. 

 

     Oui, il faut avoir le droit de dire qu’à force d’interdits et d’anathèmes, on abaisse les êtres au rang reptilien ; on les déshumanise ; on les avilit et ainsi on les rend vils. 

 

     Il faut avoir le droit de dire que les religions ne sont pas des tissus d’amour et de justice, qu’elles sont aussi – quand elles sont pratiquées sans mesure et sans réflexion - des ferments de l’intolérance et de la violence faites à l’autre, celui qui ne suit pas le dogme, et plus encore quand c’est une femme. 

 

     Je revendique le droit de l’écrire. Je revendique le droit de le penser au nom de ma liberté de conscience et même si cela doit se heurter à notre mauvaise conscience d’héritiers d’une lignée de colonialistes… 

   

 Même si pour cela, je suis susceptible d’être acculée, à mon tour, à un procès où l’accusé est déjà déclaré coupable uniquement parce qu’il ose regarder le ridicule du dogme religieux au fond des yeux. 

     

Oui, je l’écris même si je suis susceptible d’être réduite à la déchéance par islamophobie. 

 
Agnès Perrin

 

 



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