Merci, Monsieur le Premier Ministre

posté le 21/01/2016

Merci, Monsieur le Premier Ministre

Depuis votre intervention devant l’assemblée du CRIF,

nous nous sentons un peu moins seuls, nous les laïques attachés à la Laïcité-séparation, celle de 1905, mais aussi aux lois Ferry-Goblet assurant la neutralité de l’école publique, ou encore aux lois Veil et Taubira, ou à la loi sur la Fin de vie.

Nous nous sentons un peu moins seuls pour refuser, contrairement à une partie de la gauche, l’abrogation de la loi de 2004, interdisant le port de signes religieux ostensibles à l’école, et par voie de conséquence n’autorisant pas la kippa, le foulard islamique ou une grande croix.

Nous nous sentons un peu moins seuls pour soutenir que le voile intégral, qu’il soit appelé niqab ou burqa, est une offense à la dignité des femmes, une forme d’asservissement, et que, pour cette raison, comme le prévoit la loi de 2010, il ne peut pas être porté sur la place publique.

Nous nous sentons un peu moins seuls aussi, quand nous refusons tout « Retour du religieux » dans nos institutions, comme le préconisent ces sociologues, tels Jean Baubérot et Philippe Portier, sans cesse interviewés par les médias, et infatigables donneurs de leçons. Leur suffisance universitaire est pour moi une source quotidienne d’étonnement… D’où vient leur certitude d’avoir raison, eux et eux seuls ?

 

Comme si Djemila Benhabib, Boualem Sansal, Élie Barnavi, entre autres, n’avaient rien écrit sur les « religions meurtrières », c’est-à-dire sur la propension des monothéismes à discriminer les cultes minoritaires et les non-croyants, et à dériver vers des intégrismes dangereux pour nos libertés, qu’ils soient catholiques, musulmans, juifs ou protestants évangéliques.

Comme si Caroline Fourest, Abdennour Bidar, Henri Pena Ruiz, Catherine Kintzler, ou Mohamed Sifaoui, pour ne citer qu’eux, ne cessaient d’enrichir notre connaissance du principe de laïcité, à la lumière de l’histoire, de la philosophie, et de la sociologie. Et le projet humaniste qu’ils dessinent est aux antipodes de celui régressif de Baubérot ou Portier.

Comme si un peu plus d’un siècle de laïcité, en France, n’avait pas fait la preuve de son aptitude à assurer la paix civile, la liberté de conscience, et l’égalité des droits pour les femmes, contrairement au modèle communautariste qui sévit en Grande-Bretagne, en Belgique et aux Pays-Bas.

 

À ce niveau de réflexion, les prises de position du président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, sont inadmissibles. Elles sont surtout dangereuses. Et la caution qu’il a donnée à différentes reprises, par ses initiatives, à des personnalités ou associations issues des Frères musulmans, ou bien proches des intégristes catholiques de la Manif pour tous, semblait engager votre gouvernement. Tel n’est pas le cas. Nous nous en doutions, vous connaissant. Mais nous sommes heureux que cette situation soit clarifiée.

Reste à en tirer la conséquence : l’Observatoire de la laïcité ne peut plus prétendre porter la parole publique.

Gérard DELFAU, Ancien Sénateur et Président d'ÉGALE

Auteur de La laïcité, défi du XXIe siècle, collection Débats laïques, L’Harmattan, octobre 2015.

 

Les sénateurs RDSE demandent que la laïcité soit inscrite dans la Constitution.

 

Une proposition de loi constitutionnelle vient d’être déposée au Sénat, visant à inscrire le titre 1 de la loi du 9 décembre 1905 dans la Constitution.

Ceci aurait pour effet de définir les contours de la laïcité constitutionnelle qui ne l’est actuellement pas. On cesserait alors de se heurter à l’ambiguïté du texte constitutionnel qui déclare que la France est une République laïque , sans toutefois définir ce qu’est la laïcité. Cette brèche constitutionnelle est largement exploitée par ceux qui souhaitent en finir avec la séparation des Églises et de l’État et demandent que les cultes soient  subventionnés et que les responsables religieux soient partie prenante du débat politique. 

 

Le candidat Hollande avait pris cet engagement pendant sa campagne présidentielle sans toutefois y donner suite jusqu’à ce jour. Le respecter maintenant, après avoir déclaré à plusieurs reprises que la France devait rester ferme sur les principes républicains serait, de la part du président de la République, une démonstration qu’il entend mettre en cohérence les annonces faites après les attentats de janvier et de novembre 2015 et les décisions effectives. Cette loi constitutionnelle aurait de plus le mérite de clarifier la Constitution d’une façon qui n’en resterait pas qu’au symbolique, ce qui permettait au Conseil d’État, entre autres, d’émettre des avis plus clairs sur l’application de la laïcité en France. 

La discussion sur le texte de la PPL est prévue pour le 3 février. 

Martine Cerf

Voir le texte  de la PPL

 



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