À propos du Prix de la Laïcité décerné par le Comité Laïcité République

posté le 31/10/2015

À propos du Prix de la Laïcité décerné par le Comité Laïcité République

 

Le débat plutôt que l’invective ou la caricature

 

Les vents mauvais du populisme souffleraient-ils aussi sur la gauche ? L’on est en droit de se le demander en lisant les articles qu’une certaine presse de gauche, Libération, le Nouvel Observateur et le site Mediapart pour les citer, consacre à la remise des Prix de la Laïcité décernés par le Comité Laïcité République, que préside Patrick Kessel. 

 

Nous étions environ 800 à participer lundi dernier à cette manifestation dans un salon de l’Hôtel de Ville de Paris. Une manifestation émouvante, empreinte de gravité, dédiée à la mémoire du dessinateur Charb, tombé dans les locaux de Charlie Hebdo sous les balles de jeunes Français en proie au délire des islamistes. 

 

La présidente du jury, Zineb El Razhoui, journaliste dans le même magazine, et qui, il y a quelques années, avait échappé aux prisons du Maroc, a remis le Prix national à Samuel Mayol, directeur de l’IUT de Saint-Denis et victime de menaces de mort pour avoir voulu rétablir la neutralité républicaine dans son service universitaire. Le prix international est allé au grand pianiste turc Fazil Say, inquiété, lui aussi, dans son pays, pour avoir eu l’audace de diffuser sur les réseaux sociaux des vers du grand poète Omar Khayyam. 

 

Les interventions se succédaient devant un public attentif et conquis. Toutes, celle du Premier ministre Manuel Valls, qui a clôturé la soirée, celle d’Anne Hidalgo, la maire Paris qui l’a ouverte, celle de Philippe Foussier, représentant le Comité Laïcité République et, bien sûr, celle de Patrick Kessel, ont célébré la laïcité comme gage de la liberté de croire ou de ne pas croire, et comme condition de la paix civile. Chacun évidemment, a eu soin de distinguer l’islam et sa pratique dans le cadre républicain, du projet politique islamique et de ses dérives fanatiques et sanguinaires. La position, en somme, fixée par la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905, confirmée par la Constitution, depuis la Libération, et plébiscitée par les immenses cortèges du 11 janvier 2015. Une conception en phase avec le Peuple de France. 

 

Nous nous sommes séparés, au bout de quatre heures, heureux et paisibles, paisibles comme de bons laïques. Mais cela ne faisait pas l’affaire de quelques journalistes hostiles par principe. Faute d’avoir pu trouver un motif de dénigrement dans le contenu et le déroulement de la manifestation, ils ont monté en épingle un incident mineur, regrettable, et dont les organisateurs se sont désolidarisés dès le lendemain par un communiqué. Une journaliste, en poste à l’organe de presse turc Zaman, s’est plainte de deux ou trois réflexions désagréables de participants, concernant le port du voile islamique dans cette enceinte. Ils avaient tort assurément, mais n’engageaient qu’eux-mêmes. Elle a pu suivre d’un bout à l’autre la manifestation, et d’ailleurs dans le récit qu’elle fait, il faut noter qu’elle ne met pas directement en cause les organisateurs, ni encore moins le contenu des nombreuses interventions. Alors pourquoi ce déferlement médiatique et cette mise en cause de Patrick Kessel ?

 

 Pourquoi cette « exploitation politique, qui est complaisamment faite de cet incident regrettable », se demande le communiqué, si ce n’est pour discréditer la conception républicaine de la laïcité, que défend le Comité Laïcité République ? Et ces journalistes d’une presse, qui se veut progressiste, ne sont pas avares d’épithètes malsonnantes ou de formules négatives : « laïcard » et « cirque laïque », par exemple, sans parler de l’insistance sur la supposée appartenance de nombreux présents à la Franc-Maçonnerie, qui pour le coup a des relents vichyssois… 

 

Cela me rappelle de vieux souvenirs. Dans les années 1960, jeune professeur de gauche, j’avais la fâcheuse particularité de n’avoir pas adhéré au Parti communiste. Je me faisais traiter de « « social-démocrate » par les staliniens de service, et ce n’était pas un compliment... Plus tard, dans l’après-mai 68, je suis devenu assistant de Littérature française à Jussieu ; et j’ai persévéré dans l’erreur, puisque j’ai eu la malencontreuse idée de participer, aux côtés de François Mitterrand, à la refondation du Parti socialiste, au congrès d’Épinay. Un engagement perçu comme une provocation par mes nouveaux collègues de l’Université Paris VII, tous ou presque maoïstes ou trotskistes. J’étais à leurs yeux l’incarnation du « social traître »… Et ils me le faisaient savoir durement au quotidien. Depuis, ils ont fait généralement une belle carrière ; ils sont revenus à leur milieu d’origine, la traditionnelle bourgeoisie de droite, et souvent ils professent des idées cléricales... 

 

L’intolérance, hélas, existe aussi à Gauche. Comme à cette époque-là, je n’ai qu’une chose à dire aux nouveaux croisés du communautarisme, en guerre contre une conception tronquée de la laïcité : s’il y a désaccord entre nous, il faut discuter, argumenter. Le débat oui, plutôt que l’invective ou la caricature.

 

 C’est en tout cas la conception de la laïcité et de la démocratie que nous avons à ÉGALE. « Démocratie et laïcité sont deux mots identiques », disait Jaurès, dans des circonstances analogues, en 1906.

 

Gérard DELFAU  31-10-2015

Pour une lecture zen

 



.